Épisode 2 – Le rapport IGAS-IGF : derrière le déficit hospitalier, le risque silencieux d’un abandon thérapeutique
- oliviertoma
- 24 févr.
- 3 min de lecture
Le premier rapport expliquait pourquoi l’hôpital public s’appauvrit.Le second explique ce qui peut arriver si rien ne change: https://www.igf.finances.gouv.fr/files/live/sites/igf/files/contributed/Rapports%20de%20mission/2026/2025-E-023%20Rapport.pdf
Moins commenté, plus technique, le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale des finances ne parle pas seulement d’équilibre budgétaire. Il décrit un mécanisme beaucoup plus préoccupant. Un système de santé peut continuer à fonctionner… tout en renonçant progressivement à certaines prises en charge.
C’est ce que les économistes appellent un rationnement implicite.Et ce que les soignants nomment plus simplement un abandon thérapeutique.
Il ne s’agit pas d’une décision officielle ni d’une réforme votée. Au contraire. Le phénomène est insidieux. Quand les ressources humaines manquent, quand les lits ferment, quand les équipes sont contraintes par le temps, le système commence à sélectionner sans le dire. Les cas les plus lourds, les patients très âgés, les pathologies chroniques complexes deviennent plus difficiles à accueillir. Non pas parce qu’on refuse de soigner, mais parce qu’on ne sait plus comment organiser les soins.
Le rapport IGAS-IGF met en évidence un point essentiel: les économies internes possibles à l’hôpital sont désormais faibles. Autrement dit, la solution ne viendra pas d’une nouvelle optimisation, ni d’une nouvelle réforme de gestion. Le modèle hospitalo-centré atteint sa limite structurelle.
Or la société française s’apprête à connaître exactement l’inverse de ce pour quoi ce modèle a été conçu. Dans les dix prochaines années, la croissance la plus forte concernera les personnes âgées de plus de 85 ans, celles qui nécessitent précisément du temps médical, de la coordination, du suivi et de l’accompagnement. Pas seulement des actes techniques.
Le risque n’est donc pas la faillite de l’hôpital.Le risque est la perte d’accès réel aux soins pour ceux qui en ont le plus besoin.
Face à cette perspective, augmenter uniquement les budgets ne suffira pas. Il faut changer la manière de produire la santé. Le rapport, sans employer ces termes, pointe une évidence: l’hôpital ne peut plus être le centre unique du système de santé. Il doit redevenir un maillon d’un parcours.
C’est ici que la transformation devient concrète. La formation initiale et continue des professionnels doit évoluer. Soigner demain demandera autant de compétences de coordination, de prévention et de santé environnementale que de technicité médicale. Les soignants devront être préparés à travailler avec la ville, le médico-social, le domicile et les collectivités.
La responsabilité sociétale des organisations de santé prend alors un sens très opérationnel. Elle ne se limite pas à réduire les déchets ou l’énergie. Elle consiste à organiser les soins pour qu’ils restent accessibles dans la durée, malgré le vieillissement démographique et les contraintes environnementales. C’est une stratégie de pérennité du soin.
L’éco-conception des soins et des parcours s’inscrit précisément dans cette logique. En anticipant les complications, en évitant les hospitalisations évitables, en limitant les expositions nocives et en structurant le suivi à domicile, on améliore simultanément la qualité des soins, les conditions de travail des professionnels et l’équilibre économique du système. Chaque parcours mieux conçu est un soin maintenu, et souvent un séjour hospitalier évité.
Le rapport IGAS-IGF ne formule pas un scénario catastrophiste. Il alerte sur une trajectoire. Sans vision de long terme, le système continuera à tenir par l’engagement des équipes, mais au prix d’une sélection implicite des patients et d’une fatigue croissante des professionnels.
À l’inverse, une politique de santé publique pensée à l’horizon 2050 permettrait de repositionner l’hôpital là où il est le plus efficace: pour les soins complexes, aigus et spécialisés. Le reste doit être organisé en amont et en aval, dans les territoires.
La question n’est donc plus seulement de financer l’hôpital.La question est de garantir l’accès aux soins.

Le rapport IGAS-IGF nous rappelle une chose simple.Un système de santé ne s’évalue pas seulement à ses dépenses, mais à sa capacité à ne laisser personne de côté.



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