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  • Et si, pour 2027, nous commencions par rêver à 2050 ?

    Il y a quelques jours, j’écrivais à propos de cette rentrée : « Nous sommes prêts. Nos crayons sont taillés. » : Alors écrivons. Car les dix mois qui s’ouvrent devant nous ne devraient pas seulement servir à préparer une élection présidentielle. Ils devraient nous permettre de nous demander, collectivement, dans quel pays nous voulons vivre demain. Pas en 2027. En 2050. Tout ce que l’humanité a réalisé de grand a d’abord existé dans l’imagination de quelques-uns. Avant de construire, il faut être capable de dessiner. Avant de transformer, il faut être capable de rêver. Et peut-être avons-nous précisément cessé de rêver ensemble. Nous débattons beaucoup. Nous nous opposons énormément. Nous commentons sans fin. Chaque sujet semble devoir désigner un responsable, un coupable, un camp. Le public contre le privé.Les actifs contre les retraités.Les métropoles contre les territoires ruraux.Les entrepreneurs contre l’administration.Les générations entre elles.Les Français selon leurs origines, leurs convictions ou leurs modes de vie. Cette mécanique de fragmentation est devenue épuisante. Et surtout, elle ne construit rien. Il ne faudrait pas que la présidentielle de 2027 soit seulement une nouvelle bataille pour savoir qui gouvernera la France pendant cinq ans. Il faudrait qu’elle devienne l’occasion de savoir où nous voulons aller pendant les vingt-cinq prochaines années. Pour cela, exigeons trois choses de celles et ceux qui aspireront à nous gouverner. D’abord, une vision. Une vraie. Pas une addition de mesures destinées à satisfaire successivement chaque catégorie de la population. Pas seulement un programme pour 2027-2032. Racontez-nous la France de 2050. Quelle santé ? Quelle éducation ? Quelle industrie ? Quelle agriculture ? Quelle culture ? Quelle énergie ? Quels territoires ? Quelle place pour l’entreprise ? Quelle protection sociale ? Quel rapport au vivant ? Et surtout : quel projet commun ? Ensuite, écoutez-nous. Depuis trop longtemps, beaucoup de citoyens, d’entrepreneurs, de soignants, d’associations, d’élus locaux et probablement aussi de fonctionnaires ont le sentiment que les décisions sont élaborées trop loin de celles et ceux qui devront les appliquer. Je dirige une PME depuis des années. Je connais l’énergie extraordinaire que peuvent déployer les entreprises et leurs salariés. Je connais aussi le découragement que produit une norme lorsqu’elle semble davantage pensée pour contrôler que pour permettre d’agir. Il ne s’agit pas d’opposer les entrepreneurs aux fonctionnaires. Ce serait absurde. Il faut au contraire libérer les uns et les autres d'un système devenu parfois si complexe qu’il finit par épuiser ceux qui entreprennent autant que ceux qui administrent. Changeons donc de méthode. Passons d’une administration qui prescrit à une puissance publique qui fixe un cap, protège, facilite, évalue et fait confiance. Et faisons réellement entrer les citoyens et les acteurs de terrain dans la fabrique des décisions. Les conventions citoyennes ont montré l’intérêt de cette intelligence collective. Mais la participation ne peut pas devenir un exercice institutionnel sans lendemain. Consulter crée une responsabilité : celle de dire ensuite ce qui sera retenu, ce qui ne le sera pas, pourquoi, et surtout ce qui sera réellement mis en œuvre. Enfin, donnons-nous les moyens d'agir. Une ambition sans moyens, sans calendrier, sans responsables et sans mesure des résultats n’est pas une politique publique. C’est une promesse. Et nous avons probablement consommé notre quota de promesses pour quelques décennies. Il reste alors une question essentielle : autour de quoi construire cette vision de long terme ? Je propose un principe simple : la santé globale. La santé humaine, bien sûr. Mais aussi celle de notre alimentation, de notre air, de notre eau, de nos sols, de nos écosystèmes, de nos conditions de travail, de nos villes et de nos territoires. Parce qu'au fond, toutes ces santés n'en forment qu'une. Et j’aimerais, à ce titre, que nous sortions enfin d’une expression devenue terriblement réductrice : « les écolos ». Comme si prendre soin de l’eau, du climat, de la biodiversité, de notre alimentation ou de la qualité de l’air constituait l’idéologie particulière d’une catégorie de Français. L’écologie politique appartient légitimement aux partis qui choisissent de la porter. Mais l’environnement, lui, n’appartient à aucun parti. Pas plus que la santé. Respirer un air sain n’est ni de droite ni de gauche. Préserver une ressource en eau potable n’est pas une doctrine politique. Réduire l’exposition de nos enfants aux substances dangereuses n’est pas une lubie militante. Ce sont des conditions de notre santé, de notre prospérité et de notre capacité à transmettre un monde habitable. J’aimerais donc que toutes les sensibilités politiques s’emparent enfin pleinement de ces questions. Non pas pour devenir « écologistes ». Pour gouverner le réel. Voilà peut-être ce que j’aimerais entendre pendant les dix prochains mois. Moins de guerres de mots. Moins de catégories que l’on oppose les unes aux autres. Moins de solutions miraculeuses. Et davantage de vision, d’écoute, de coopération et de courage. Je crois profondément que les Français peuvent accepter des transformations importantes, et parfois des efforts importants, à une condition : comprendre où nous allons, pourquoi nous y allons et avoir la conviction que l’effort est justement partagé. Alors rêvons. Rêvons d’une France qui aurait décidé de faire de la santé globale le fil conducteur de ses politiques publiques jusqu’en 2050. Rêvons d’une administration qui aide davantage à réussir qu’elle ne cherche à empêcher d’échouer. Rêvons d’entreprises considérées comme des partenaires de la transformation. Rêvons de citoyens que l’on ne consulte pas seulement pour recueillir leur opinion, mais avec lesquels on construit. Rêvons d’une société où la culture, l’éducation, la santé, l’économie et l’environnement cesseraient d’être des politiques séparées pour devenir les différentes dimensions d’un même projet. Cela paraît peut-être idéaliste. Tant mieux. Tout ce que l’humanité a construit de grand a, un jour, été rêvé. Nos crayons sont taillés. Aux femmes et aux hommes qui prétendront conduire notre pays de nous proposer maintenant une page suffisamment grande pour que nous ayons envie de l’écrire avec eux.

  • MANIFESTE 2026-2030. Prendre soin de ceux qui nous soignent

    L'hôpital est le seul environnement industriel de France où l'on accepte de ne pas mesurer ce que respirent les salariés. Le soignant malade est devenu un lieu commun. On l'invoque, on s'en émeut, on passe à autre chose. Et la réponse est toujours la même : il faudrait des moyens. C'est vrai. Ce n'est pas suffisant. Car il y a un angle mort que l'argent seul ne comble pas. Dans une usine chimique, un opérateur exposé à un cancérogène bénéficie d'une évaluation d'exposition, d'un mesurage atmosphérique, d'un suivi individuel et d'une traçabilité. Dans un service d'anatomopathologie, un bloc opératoire ou une unité de reconstitution des cytotoxiques, ces mêmes obligations existent. Elles sont beaucoup moins souvent appliquées. Ce n'est pas une question de budget. C'est une question de regard : nous n'avons jamais vraiment considéré l'établissement de santé comme un lieu de travail exposant. Résultat : nous protégeons mieux un opérateur de la pétrochimie qu'une infirmière de bloc. Le cocktail invisible Commençons par le plus documenté. Le formaldéhyde, le formol des services d'anatomie et cytologie pathologiques, est classé cancérogène 1B et mutagène 2 au niveau européen, et cancérogène avéré pour l'homme par le CIRC. Depuis fin 2021, deux valeurs limites contraignantes s'imposent : 0,3 ppm sur huit heures, 0,6 ppm sur quinze minutes. Détail qui dit tout : le secteur des soins a bénéficié, comme la thanatopraxie, d'une dérogation transitoire jusqu'en juillet 2024 pour continuer à appliquer une valeur plus élevée. Autrement dit, le législateur a lui-même reconnu que nos établissements n'étaient pas en état de tenir la norme commune. Deux ans après la fin de cette tolérance, combien d'établissements ont-ils réellement métrologié leurs postes ? Poursuivons avec ce qui n'est même pas encore réglementé. Les fumées chirurgicales, produites par le bistouri électrique, le laser ou les ultrasons, contiennent des particules ultrafines, des composés organiques volatils, des débris cellulaires et des agents biologiques. L'INRS documente le sujet depuis 2011. Une enquête menée auprès de professionnels français a montré que deux tiers d'entre eux n'avaient jamais reçu la moindre information sur ces risques. Le masque chirurgical ne filtre pas ces particules : seule l'aspiration à la source protège. Sous l'impulsion des organisations d'infirmiers de bloc, l'ANSES a lancé une expertise collective dont l'échéance est prévue pour la fin de l'année 2026. Voilà notre premier point d'appui pour le lustre qui s'ouvre : l'avis de l'ANSES sur les fumées chirurgicales tombera dans quelques mois. Les établissements qui attendront sa publication pour agir auront déjà perdu. Le reste de l'inventaire est connu et tout aussi peu suivi : gaz et vapeurs anesthésiques, protoxyde d'azote, cytotoxiques et leur contamination de surface, désinfectants et biocides, réactifs de laboratoire, produits d'entretien utilisés en volume dans des locaux dont la ventilation date parfois de la construction. À quoi s'ajoute la qualité de l'air intérieur elle-même, dans des bâtiments occupés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où l'on soigne des personnes fragiles avec des systèmes de renouvellement d'air rarement audités. Ce que le reste du tableau confirme Ces expositions ne remplacent pas les autres. Elles les éclairent. Le secteur de l'aide et des soins à la personne affiche une sinistralité que l'industrie a appris à réduire et que nous, non : dans l'aide à domicile, l'indice de fréquence des accidents du travail approche les cent pour mille salariés, soit environ trois fois la moyenne nationale et davantage que le BTP, lequel a diminué ses accidents de près d'un tiers en une décennie. Le dernier rapport de l'Observatoire national des violences en santé fait état d'une hausse de près de 7 % des signalements entre 2023 et 2024, pour environ vingt et un mille faits déclarés. Ce chiffre repose sur le volontariat des établissements : il décrit une réalité largement sous-déclarée, ce qui rend la tendance d'autant plus préoccupante. Un même fil relie ces données : nous n'avons pas de culture de prévention en santé. Nous avons une culture de la réparation, de l'arrêt de travail et du remplacement au pied levé. Notre demande pour 2026-2030 Nous voulons que ce lustre soit celui de la santé globale des soignants. Trois exigences concrètes. • Aux directions d'établissement : évaluer et mesurer réellement les expositions chimiques et la qualité de l'air intérieur, au même standard que n'importe quel site industriel. Un document unique qui mentionne le formol sans aucun mesurage n'est pas un document unique, c'est une ligne de défense juridique. • Aux pouvoirs publics : faire de la santé au travail des soignants un indicateur de performance du système de santé, publié et suivi. Nous pilotons ce système sur le déficit de l'Assurance maladie. Nous devrions le piloter aussi sur l'état de ceux qui le font tenir. • Aux financeurs : conditionner une part des investissements immobiliers et d'équipement à la protection des équipes, aspiration des fumées, hottes, systèmes clos, ventilation. Un bloc neuf sans captage à la source est un bloc mal conçu. Notre engagement, pas seulement notre discours Nous ne demandons pas aux autres ce que nous ne faisons pas nous-mêmes. Notre outil B2ST, développé et éprouvé depuis dix ans, franchit cette année une étape. Au-delà du score de bien-être et de santé au travail, il produit désormais le coût financier du désengagement, un plan d'action opérationnel et un baromètre de la santé des collaborateurs suivi dans le temps. L'objectif est simple : permettre à une direction de mesurer l'impact réel d'une politique de ressources humaines intégrant ces risques, plutôt que de le supposer. Ce que l'on ne mesure pas ne se pilote pas, et ce qui ne se pilote pas finit toujours par se payer ailleurs. Aux soignants Vous n'avez pas à choisir entre soigner et vous protéger. Cette alternative est un aveu de défaillance collective, pas une fatalité du métier. La campagne présidentielle qui s'ouvre sera saturée de promesses sur l'hôpital. Nous poserons, à chaque candidat, la question que personne ne pose : que comptez-vous faire pour la santé de ceux qui soignent ? Nous publierons les réponses. Et nous publierons les silences. a ecouter sur la chaine de PODCAST RSE4LIFE : https://audio.ausha.co/vAjdvCAQMWaG.mp3 Sources : INRS (formaldéhyde, fumées chirurgicales, TC 137) · Décrets n° 2020-1546 et n° 2021-1849 · ANSES, expertise collective sur l'exposition professionnelle aux fumées chirurgicales, échéance novembre 2026 · Assurance Maladie Risques professionnels, sinistralité du secteur de l'aide et des soins à la personne · ONVS, rapport 2025 (données 2023-2024), DGOS.

  • ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

    PNACC : la santé et le médico-social, angle mort de l’adaptation Trente-trois mille climatiseurs mobiles en un été. Soixante millions d'euros par an de travaux. Et, dans le point d'avancement du PNACC de juin 2026, une seule ligne pour les établissements de santé. Il est temps de créer un Fonds pour la transition écologique du secteur de la santé. Le chiffre qui dit tout Juin 2026, canicule d'une intensité comparable à 2003. Le gouvernement débloque 100 millions d'euros d'urgence pour des outils de rafraîchissement, soit selon Matignon 30 000 climatiseurs mobiles pour les hôpitaux et les EHPAD. Le 30 juillet, la ministre de la Santé annonce 33 000 appareils livrés ! Le 25 juin, dans un courrier aux maires, le Premier ministre annonçait par ailleurs le doublement de l'enveloppe de rénovation énergétique des hôpitaux : 600 millions d'euros sur 2026-2035, à l'intérieur d'un plan d'investissement hospitalier de 6 milliards d'euros. Soit 60 millions par an pour l'ensemble du parc. Un seul été de rafraîchissement d'urgence aura donc coûté près de deux années de rénovation énergétique. Ce n'est pas un procès d'intention : face à des services en tension, il fallait agir vite. C'est le constat d'un rapport structurel entre le curatif et le préventif, celui que nous décrivons depuis vingt ans dans le champ du soin et qui se reproduit à l'identique dans celui du bâti. Ce que le PNACC dit du secteur, et ce qu'il dit des autres Le troisième Plan national d'adaptation, publié le 10 mars 2025, est un bon plan : premier à se fonder sur une trajectoire de réchauffement de référence (+ 2 °C en 2030, + 2,7 °C en 2050, + 4 °C en 2100), 52 mesures, et plus de 85 % des actions engagées selon le point d'avancement de juin 2026. Voici ce que ce point d'avancement dit du secteur de la santé, à la mesure 29, dans son intégralité : le cadrage de l'étude prospective sur les conséquences du changement climatique sur le système de santé français est en cours, avec un parangonnage des stratégies d'évaluation de la vulnérabilité réalisé par l'ANAP. Un cadrage d'étude. Comparons, dans le même rapport : ● Énergie : 13 études de vulnérabilité et 10 plans d'adaptation. RTE annonce 24 milliards d'euros pour adapter 80 % de son réseau à horizon 2040. ● Transports : 17 études de vulnérabilité et 13 plans d'adaptation déjà rendus. ● Écoles : centre de ressources sur la rénovation du bâti, charte de rénovation, éligibilité au Fonds vert, plan ministériel vagues de chaleur publié le 28 mai 2026. ● Santé et médico-social : un cadrage d'étude. Le secteur qui accueille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur tout le territoire, les personnes les plus vulnérables à la chaleur est le seul service essentiel sans étude de vulnérabilité consolidée, sans plan d'adaptation et sans ligne de financement dédiée. Nous ne demandons pas un traitement de faveur, mais celui déjà accordé à l'énergie, aux transports et à l'école. Le département est la bonne maille, et elle est déjà disponible La vulnérabilité d'un établissement ne se décrète pas depuis Paris. Elle résulte de facteurs strictement locaux : l'année de construction et la nature du bâti, la démographie et les projections du grand âge, le stress hydrique, et l'intensité de l'îlot de chaleur urbain, qui dépend du PLU et de la gestion des espaces verts, donc de la commune et non de l'ARS. Rien de tout cela n'est à construire. Les projections climatiques et hydroclimatiques sont disponibles territoire par territoire sur DRIAS et Explore2. L'instance existe aussi : en 2025, les COP territoriales ont tenu des réunions consacrées à l'adaptation dans tous les départements de l'Hexagone, où les vagues de chaleur en contexte urbain sont arrivées en tête des enjeux. Il manque simplement le volet santé et médico-social. Nous proposons que chaque département produise, sous l'égide du préfet et de l'ARS et avec le conseil départemental pour les ESSMS, une cartographie de vulnérabilité de son parc croisant bâti, démographie, ressource en eau et environnement urbain. C'est un travail de quelques mois. Du FREH au FTES Dans le Livre Vert pour une santé durable, publié en 2017, nous proposions la création d'un Fonds pour la rénovation énergétique hospitalière. Neuf ans plus tard, l'État y vient, mais par la porte de l'urgence, avec un périmètre hospitalier qui laisse le médico-social de côté et un intitulé purement énergétique qui ignore l'eau, l'air intérieur et la végétalisation. Nous proposons donc un Fonds pour la transition écologique du secteur de la santé, le FTES, avec les quatre caractéristiques qui manquent aujourd'hui : ● Un périmètre complet : sanitaire, social et médico-social, public comme privé, Outre-mer compris. ● Une programmation départementale, fondée sur les cartographies de vulnérabilité et non sur le nombre de lits. ● Une pluriannualité réelle sur dix ans, adossée au plan d'investissement de 6 milliards d'euros. ● Une éco-conditionnalité : chaque euro engagé doit produire un gain mesuré de confort d'été, de sobriété hydrique et d'empreinte carbone. Ce fonds n'invente rien : il agrège des outils qui existent déjà mais s'ignorent, dont l'enveloppe de 600 millions d'euros, le Fonds vert désormais conditionné à la prise en compte du confort d'été, les certificats d'économie d'énergie et la TVA réduite à 5,5 % sur les réseaux de froid votée en loi de finances pour 2026. L'Europe doit y prendre sa part, à condition d'être précis : LIFE et Horizon Europe pour la méthode et les démonstrateurs, FEDER, BEI et ELENA pour le capital. La demande à formuler est simple : faire des établissements sanitaires et médico-sociaux une catégorie éligible explicite des instruments européens d'adaptation, au même titre que les transports et l'énergie. Ne confondons pas climatiser et adapter Le secteur affronte simultanément trois adaptations : démographique, climatique et technologique. On ne rénove pas trois fois le même bâtiment. Traitées ensemble, ces contraintes deviennent le levier qui permettra d'améliorer en même temps le confort des patients et des résidents, les conditions de travail des professionnels et l'empreinte carbone et hydrique du secteur. Le point d'avancement du PNACC le dit lui-même : 2026 est une année charnière, celle où les études doivent devenir des plans opérationnels et où leur financement constituera l'enjeu structurant. Si la mesure 29 en reste au parangonnage, nous rachèterons des climatiseurs l'été prochain, et l'été suivant. Nous ne demandons pas à l'État de dépenser davantage. Nous lui demandons de dépenser à froid plutôt qu'à chaud. Sources : Point d'avancement du PNACC, juin 2026 (mesures 21 à 31) ; PNACC-3, 10 mars 2025 ; courrier du Premier ministre aux maires du 25 juin 2026 ; déclaration de la ministre de la Santé du 30 juillet 2026 ; Le Livre Vert pour une santé durable, Primum Non Nocere, axe 5.

  • La culture, quatrième pilier du développement durable

    Et si le meilleur levier de transformation de votre entreprise n'était ni technique, ni financier ? On croit toujours que la transition bute sur un problème technique. Dans les faits, la plupart des entreprises ont déjà le diagnostic, le plan et le chiffrage. Ce qui manque, ce n'est pas la solution. C'est l'envie de la mettre en œuvre. Or l'envie ne se décrète pas dans un tableur. Elle se fabrique avec du récit, des images, des émotions partagées. Autrement dit, avec de la culture. C'est précisément ce que dit une idée qui progresse depuis quinze ans dans les instances internationales, et dont peu de dirigeants ont entendu parler. Trois piliers ne suffisent plus Depuis le rapport Brundtland de 1987 et le Sommet de la Terre de Rio en 1992, le développement durable repose officiellement sur trois piliers : l'économie, le social et l'environnement. Un triangle devenu si familier qu'on ne l'interroge plus. Pourtant, une idée simple s'est imposée peu à peu : il manque quelque chose. Car la culture façonne ce que nous entendons par « développement » et détermine la manière dont les gens agissent au quotidien. Un plan de sobriété techniquement irréprochable échoue si les équipes le vivent comme une punition. Une politique RSE se réduit à de la conformité si personne n'y voit du sens. Le blocage n'est ni technique ni financier. Il est culturel. Une conviction largement partagée Ce n'est pas une intuition isolée. C'est une conviction qui s'est construite pas à pas, portée par des acteurs très différents. • En novembre 2010, réunies à Mexico, les villes du monde adoptent une déclaration commune faisant de la culture le quatrième pilier du développement durable, aux côtés de la croissance économique, de l'inclusion sociale et de l'équilibre environnemental. • En 2013, l'UNESCO adopte la Déclaration de Hangzhou, dont le titre dit tout : « Mettre la culture au cœur des politiques de développement durable ». • En 2015, la culture entre pour la première fois dans l'agenda mondial du développement durable. Elle irrigue une majorité des dix-sept Objectifs de développement durable des Nations unies. • En 2022, cent cinquante États réunis par l'UNESCO affirment unanimement la culture comme bien public mondial et demandent qu'elle devienne un objectif à part entière. Quinze ans de convergence, du maire d'une ville moyenne jusqu'aux Nations unies. L'idée n'est plus marginale. Elle attend simplement que les entreprises s'en emparent. La preuve la plus solide vient de l'hôpital Si « l'art fait du bien » vous semble relever de la conviction sympathique, regardez du côté de la santé, où l'on n'avance rien sans preuves. En 2019, le Bureau européen de l'Organisation mondiale de la santé a publié une synthèse sans équivalent : plus de 900 publications analysées, portant sur les résultats de plus de 3 000 études. La conclusion est nette. Les arts jouent un rôle réel dans la prévention, la prise en charge et le traitement des maladies, du stade gestatif jusqu'à la fin de vie. Musique et création limitent certains effets secondaires des traitements anticancéreux. Aux urgences, les interventions artistiques font baisser l'anxiété, la douleur et la tension artérielle, en particulier chez les enfants et leurs parents. La danse améliore les scores moteurs dans la maladie de Parkinson. La France n'a d'ailleurs pas attendu ce rapport. La politique Culture et Santé existe depuis 1999, portée conjointement par les ministères de la Culture et de la Santé, et déclinée en région par les agences régionales de santé et les directions régionales des affaires culturelles. En Hauts-de-France, la convention 2025-2030 mobilise 150 000 euros par an de chaque côté, pour financer des résidences d'artistes et des interventions culturelles dans les établissements de soin. Un point mérite l'attention des dirigeants : ces dispositifs bénéficient aux patients et aux soignants. Faire entrer un artiste dans un lieu de travail, ce n'est pas seulement embellir. C'est agir sur la fatigue, sur les relations, sur le rapport au métier. Et concrètement, dans une entreprise ? Des chercheurs britanniques ont comparé trois types de bureaux : dépouillé, enrichi d'œuvres et de plantes, et enfin décoré par les salariés eux-mêmes. Les gains de performance grimpent à chaque étape, et le plus fort se trouve dans la troisième configuration. La leçon est là, et elle est contre-intuitive : ce qui compte n'est pas l'œuvre, c'est la décision laissée aux équipes. Un tableau choisi en comité de direction et accroché dans le hall, c'est de la décoration. Une œuvre choisie, discutée, contestée par les salariés, c'est de la culture. La première coûte de l'argent. La seconde produit de l'appartenance. Beaucoup d'entreprises achètent une œuvre là où il faudrait créer une pratique. Quatre portes d'entrée, de la plus simple à la plus engageante : • Le mécénat culturel, qui ouvre droit à une réduction d'impôt de 60 % du don, dans des plafonds définis par le code général des impôts. • L'achat d'œuvres d'artistes vivants, déductible sur cinq ans en contrepartie d'une exposition accessible au public ou aux salariés. • La résidence d'artiste, qui fait entrer dans l'entreprise quelqu'un dont le métier est de regarder autrement. Le format le plus puissant, et le plus inconfortable. • Le mécénat de compétences, où le salarié qui donne du temps à une structure culturelle revient avec un autre regard sur son propre métier. Et ce n'est plus réservé aux grands groupes : en 2023, près de 172 000 entreprises françaises ont déclaré des dons, dont 97 % de TPE et de PME, agissant très majoritairement à l'échelle de leur territoire. Ce qu'il faut retenir Les villes l'ont écrit. L'UNESCO le porte. Les agences régionales de santé le financent. Il ne manque plus grand monde à la table. Il manque les entreprises. Et le ticket d'entrée est dérisoire au regard de ce que l'on dépense chaque année en séminaires dont il ne reste rien le mardi suivant. Faire entrer l'art dans l'entreprise, ce n'est pas ajouter une ligne au budget communication. C'est admettre que transformer une organisation passe autant par ce que les gens ressentent que par ce qu'on leur demande de faire. Le quatrième pilier n'attend plus de reconnaissance. Il attend des maîtres d'ouvrage.

  • Les records climatiques ne sont plus des records. Ce sont nos nouvelles factures

    Chaque jour ou presque, un nouveau record tombe. Record de chaleur. Record de sécheresse. Record d’hectares brûlés. Record de pollution. Record de température de la mer. Record de consommation électrique pour refroidir des bâtiments qui, souvent, n’ont jamais été conçus pour résister au climat qui arrive. À force de records, nous ne battons plus des performances. Nous enregistrons des défaites. Le plus inquiétant n’est peut-être même plus leur multiplication. C’est notre capacité à nous y habituer. Le record d’aujourd’hui efface celui d’hier, avant d’être lui-même remplacé par celui de demain. Une comptabilité macabre défile sous nos yeux, réduite à quelques images de flammes et à des cartes météo devenues violettes. Puis l’actualité passe à autre chose. La facture, elle, reste. Le dérèglement climatique présente désormais ses comptes Au premier semestre 2026, les événements climatiques ont représenté pour la SNCF plus de 100 millions d’euros de manque à gagner sur son chiffre d’affaires. Derrière ce montant se trouvent des trains ralentis, des voies déformées par la chaleur, des arbres tombés sur les lignes, des circulations interrompues et des voyageurs empêchés de travailler ou de rejoindre leur destination. Ces 100 millions ne sont pas une dépense écologique. Ce sont les premières lignes d’une facture de non-prévention. En 2025, les événements naturels ont coûté 5,2 milliards d’euros aux assureurs français. La moyenne annuelle de la sinistralité climatique atteint désormais 5,3 milliards d’euros sur les cinq dernières années, très au-dessus de la décennie précédente. Nous payons déjà cette facture par nos cotisations. Depuis le 1er janvier 2025, la surprime finançant le régime des catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % pour les contrats d’habitation. Autrement dit, même lorsque notre maison n’a pas été inondée, fissurée par la sécheresse ou frappée par une tempête, nous commençons à payer collectivement le prix du dérèglement. Selon la Cour des comptes, le coût annuel des catastrophes naturelles pourrait encore augmenter de 47 % à 85 % d’ici 2050. Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique évoque une facture cumulée pouvant atteindre 143 milliards d’euros entre 2020 et 2050. Et cela ne comprend qu’une partie du problème. Nous savons compter les dégâts, beaucoup moins les vies abîmées La pollution de l’air provoque environ 40 000 décès prématurés par an en France du fait des particules fines. Les maladies chroniques qui lui sont attribuables représenteraient à elles seules près de 13 milliards d’euros de pertes économiques annuelles. Les estimations plus larges, intégrant les décès prématurés, les hospitalisations, les arrêts de travail, les pertes de productivité, la dégradation des bâtiments et les conséquences agricoles, situent son coût entre 70 et 100 milliards d’euros par an. Le chiffre est gigantesque. Il est pourtant presque devenu abstrait. Cent milliards d’euros, c’est une somme que nous acceptons implicitement de perdre chaque année faute de considérer la qualité de l’air comme une infrastructure essentielle. Nous entretenons nos routes, nos ponts et nos réseaux numériques, mais nous continuons à traiter l’air que nous respirons comme une ressource gratuite, disponible et sans bilan comptable. À cette facture sanitaire s’ajoutent les effets de la chaleur sur le travail. Lorsque les températures augmentent, la concentration baisse, les gestes deviennent plus lents, le risque d’accident progresse et les organismes fatiguent. L’Organisation internationale du travail estime qu’à l’échelle mondiale, plus de 2 % du nombre total d’heures travaillées pourraient être perdues chaque année dès 2030 sous l’effet du stress thermique. En France, la canicule peut déjà retirer plusieurs dixièmes de point à la croissance annuelle. Elle touche les ouvriers, les agriculteurs, les soignants, les personnels des cuisines, des blanchisseries et des entrepôts, mais aussi les salariés enfermés dans des bureaux transformés en serres. Le dérèglement climatique n’est donc pas uniquement une question environnementale. C’est un problème de santé au travail, de compétitivité, d’organisation des entreprises et de continuité des services publics. Qui paiera la régénération de nos forêts ? Lorsqu’une forêt brûle, nous comptons les hectares détruits. Mais un hectare n’est pas une unité comptable suffisante. Il faut financer l’intervention des secours, sécuriser les sols, restaurer les chemins, replanter, accompagner les propriétaires, protéger les habitations, surveiller les reprises de feu et attendre parfois plusieurs décennies avant de retrouver un écosystème fonctionnel. Certains dommages ne sont même pas réparables à l’échelle d’une vie humaine. Une forêt ne se reconstruit pas comme un hangar. Un sol appauvri, une espèce disparue, une réserve d’eau contaminée ou un territoire devenu inhabitable ne se remboursent pas par virement bancaire. La forêt française, que nous considérions comme un puits de carbone relativement stable, est déjà fragilisée par les sécheresses, les incendies, les maladies et la mortalité des arbres. France Stratégie a souligné que les puits nets de carbone forestiers avaient fortement diminué au cours de la décennie précédente. Nous allons donc devoir payer deux fois : une première fois pour réparer les forêts endommagées, une seconde parce qu’elles absorberont moins de carbone et protégeront moins efficacement les sols, l’eau, la biodiversité et les populations. Le coût psychologique reste presque absent des budgets Il existe enfin une facture que nos tableaux Excel saisissent encore très mal : la fatigue collective. Voir chaque été des territoires brûler, des habitants évacués, des agriculteurs perdre leurs récoltes et des soignants affronter de nouvelles vagues de chaleur n’est pas neutre. La répétition des catastrophes nourrit un sentiment d’impuissance, une inquiétude diffuse et parfois une véritable souffrance psychologique. Santé publique France identifie désormais explicitement la santé mentale et l’éco-anxiété parmi les risques aggravés par le changement climatique. Il faut toutefois éviter une erreur politique majeure : présenter l’éco-anxiété comme une fragilité individuelle à soigner. Dans de nombreux cas, elle constitue une réaction lucide à une menace réelle. Ce n’est pas seulement aux citoyens de devenir plus résilients. C’est à la société de devenir plus cohérente. On ne soigne pas durablement l’angoisse climatique avec des applications de méditation tout en continuant à retarder les décisions structurelles. Le yoga est utile. Une politique énergétique, sanitaire et industrielle cohérente l’est davantage. Nous débattons encore du prix de l’action en oubliant celui de l’inaction La transition écologique est régulièrement présentée comme trop coûteuse. Isoler les bâtiments coûterait trop cher. Transformer les mobilités serait trop complexe. Adapter les villes à la chaleur prendrait trop de temps. Réduire les pollutions imposerait trop de contraintes. Repenser l’agriculture, l’industrie ou les achats publics menacerait notre compétitivité. Mais cette présentation du problème est intellectuellement fausse. La véritable comparaison n’oppose pas le coût de la transition à un monde qui resterait gratuitement identique. Elle oppose le coût de l’action au coût croissant des dégâts, des maladies, des arrêts de production, des indemnisations, des reconstructions et des vies perdues. L’inaction n’est pas gratuite. Elle est simplement payée plus tard, plus cher et par ceux qui disposent généralement du moins de moyens pour s’en protéger. Selon les travaux relayés par l’ADEME, un scénario d’inaction climatique pourrait coûter à la France près de sept points de produit intérieur brut par an à la fin du siècle. Les événements climatiques extrêmes ont déjà représenté environ 120 milliards d’euros de pertes pour la France entre 1980 et 2022. À ce niveau, ne rien faire ne relève plus de la prudence budgétaire. Cela relève de l’aveuglement comptable. Faire de la présidentielle le débat de la prévention La prochaine élection présidentielle ne devrait pas être un concours de promesses supplémentaires. Elle devrait être l’occasion d’un changement de méthode : remettre la santé, la prévention et l’innovation en conscience au cœur de toutes les politiques publiques. Chaque grande proposition politique devrait être évaluée à partir de quelques questions simples. Quel sera son impact sur la santé des populations ? Réduit-elle ou augmente-t-elle notre exposition aux risques climatiques et environnementaux ? Diminue-t-elle les dépenses futures ou se contente-t-elle d’en déplacer la charge ? Renforce-t-elle l’autonomie de nos territoires ? Protège-t-elle les plus vulnérables ? Améliore-t-elle réellement la qualité de vie et de travail ? La prévention ne doit plus être la petite ligne facultative des programmes. Elle doit devenir leur architecture. Nous devons investir dans la rénovation des bâtiments, la végétalisation des villes, l’adaptation des établissements de santé, la qualité de l’air intérieur, la protection de l’eau, la résilience des transports, la restauration des écosystèmes et l’accompagnement des entreprises. Nous devons également soutenir une innovation qui ne cherche pas seulement à produire plus vite ou moins cher, mais à produire mieux, plus sainement et avec moins de dommages. Une innovation capable de mesurer ses effets avant de célébrer ses performances. C’est cela, l’innovation en conscience : ne plus considérer comme innovante une solution qui crée davantage de problèmes qu’elle n’en résout. Nous ne manquons plus de preuves. Nous manquons de courage politique Nous connaissons les trajectoires climatiques. Nous connaissons les conséquences sanitaires. Nous connaissons les secteurs vulnérables. Nous connaissons même une grande partie des solutions. Ce qui manque désormais n’est pas un rapport supplémentaire. C’est la capacité à transformer la prévention en investissement prioritaire, à arbitrer les dépenses publiques à partir de leurs bénéfices sanitaires et environnementaux futurs, et à dire clairement aux citoyens que la transition ne représente pas seulement un effort. Elle constitue une protection. Le coût de l’action est visible, budgété et politiquement contesté. Le coût de l’inaction est dispersé entre les hôpitaux, les assurances, les entreprises, les familles, les agriculteurs, les collectivités et les générations futures. C’est précisément ce qui le rend si dangereux. Nous devons cesser de nous demander combien coûtera la transition. La question honnête est désormais : combien de temps pourrons-nous encore payer l’absence de transition ?

  • TOUT EST POSSIBLE !

    Petit exercice d'été pour celles et ceux qui pensent que le monde ne peut plus changer. Cet été n'est pas joyeux. La canicule cogne, les forêts brûlent, les images sont insoutenables et l'ambiance est franchement sombre. Beaucoup partent en congés avec le sentiment que la partie est jouée, que le décor est posé, que nous n'avons plus qu'à encaisser. Alors je voudrais vous proposer autre chose. Pas une consolation. Un exercice de mémoire. Parce que si vous avez plus de quarante ans, vous portez en vous une preuve que presque personne ne mobilise jamais. Vous avez vécu une bascule. Vous ne vous en souvenez plus, parce qu'elle est devenue évidente. Une pièce d'un franc dans une cabine téléphonique Quand j'étais enfant, la télévision était en noir et blanc. Nous rêvions, très sérieusement, de voir un jour le visage de notre correspondant dans le téléphone. C'était de la science-fiction, au même titre que les soucoupes volantes. Pour appeler mes copains, j'allais à la cabine téléphonique avec des pièces d'un franc. Il fallait attendre son tour, glisser la monnaie, parler vite parce que le crédit descendait, et raccrocher avant la fin de la phrase. Chez mes grands-parents, il n'y avait pas de douche. Pour me laver, je posais une palette sur le châssis des WC à la turque. Et une génération avant, nos grands-mères allaient au lavoir, à genoux, dans l'eau froide, avec du savon de Marseille et les mains gercées. Ce n'est pas le Moyen Âge. Ce sont mes vacances d'enfant. L'inimaginable est devenu banal Regardons maintenant ce que nous ne remarquons même plus. ● Nous parlons à l'autre bout de la planète en nous voyant, presque gratuitement, sans y penser une seconde. Le rêve absolu de mon enfance est devenu un geste distrait qu'on fait en marchant. ● Nous rêvions de voitures volantes. Les drones sont devenus miniatures et se pilotent depuis un smartphone. Et un Français, Franky Zapata, a survolé les Champs-Élysées debout sur une planche le 14 juillet 2019, avant de traverser la Manche quelques semaines plus tard. ● Nous rêvions de la télévision en couleur. Nous avons des casques immersifs qui posent un monde en trois dimensions devant nos yeux. ● Nous mourions à cinquante ans d'une appendicite ou d'une infection banale. L'espérance de vie en France tournait autour de quarante-cinq ans en 1900. Elle dépasse aujourd'hui les quatre-vingt-trois ans, et nous comptons environ trente mille centenaires, dont certains font encore du vélo. ● Je m'arrêtais sur le bas-côté pour déplier une carte routière sur le volant, en me disputant sur le sens du nord. Aujourd'hui mon téléphone m'annonce l'embouteillage avant qu'il existe et m'emmène jusqu'à la place de parking. ● Il y avait l'épicerie du coin et ses quarante références. Aujourd'hui, où que nous soyons, quelqu'un nous apporte à domicile à peu près tout ce que nous cherchons. Notons au passage que cet exemple est le plus ambivalent de la liste, parce qu'il est aussi le symbole du modèle qu'il va falloir revoir. Nous y reviendrons. Et pendant ce temps, dans plusieurs pays du monde, on achète encore son désinfectant ou ses antibiotiques au marché noir. Nous, nous accédons aux soins sans avancer une fortune. Non pas parce qu'ils sont gratuits, ils ne le sont pas, mais parce que nous avons collectivement décidé de les mutualiser. Cela s'appelle un choix. Pas une loi de la nature. Le vertige, c'est l'échelle de temps Voilà le chiffre qui devrait nous tenir éveillés. Homo sapiens existe depuis environ trois cent mille ans. L'écriture a cinq mille ans. Tout ce que je viens de décrire tient dans soixante ans. Ramenez trois cent mille ans à une seule journée de vingt-quatre heures. Soixante ans, c'est dix-sept secondes. Dix-sept secondes pour passer du lavoir à la visioconférence mondiale. Ce n'est pas une évolution. C'est une bascule. Et cette bascule, personne ne l'avait planifiée dans un comité de pilotage. Elle a été rêvée par des gens que l'on prenait pour des doux dingues, puis financée, puis industrialisée, puis banalisée au point de devenir invisible. Deux pièges, et je ne tomberai dans aucun des deux Premier piège : « c'était mieux avant ». Ce n'est pas vrai. Enfin, pas entièrement. Oui, il y avait moins de monde, moins de CO2, moins de pesticides, plus d'oiseaux dans les haies et plus d'insectes sur les pare-brise. Cela, c'est incontestable, et c'est grave. Mais on mourait jeune, on travaillait dur, on se lavait à l'eau froide et on enterrait ses enfants. Le passé n'est pas un refuge. Il est une comparaison utile. Second piège, et celui-là est plus dangereux : « le progrès nous sauvera ». Non. Ce serait indécent d'écrire cela cette semaine. Le même élan qui a produit le téléphone dans notre poche a produit le réchauffement qui fait brûler les forêts et grimper les urgences hospitalières. Aucune innovation ne nous dispensera de choisir. Et soyons honnêtes jusqu'au bout : tout n'a pas progressé partout. Les déserts médicaux existent, le renoncement aux soins existe, les délais d'attente existent, et une partie de la population décroche. Ce que ces soixante ans prouvent n'est donc pas que le progrès est bon. C'est infiniment plus intéressant. Ils prouvent que nous sommes capables de transformer le réel à une vitesse folle quand nous le décidons collectivement. Cette capacité est neutre. Elle a servi à mettre un GPS dans votre poche. Elle peut servir à refroidir une ville, à isoler un million de logements, à remettre la santé au centre d'une décision économique. C'est le même muscle. C'est juste une question d'usage. Alors rêvons cet été, mais rêvons précis Je ne vous propose pas un monde de bisounours. Je vous propose un monde plus cohérent, où la santé humaine et la santé des écosystèmes cessent d'être une annexe du rapport annuel pour devenir le point de départ des processus. Concrètement, dans nos métiers, cela ressemble à quoi ? ● Le bailleur qui investit dans l'isolation plutôt que de distribuer des climatiseurs, parce que le premier soigne la cause et le second déplace le problème. ● Le dirigeant qui regarde la qualité de l'air intérieur de ses bureaux comme il regarde son compte de résultat, parce que ses équipes y passent quatre-vingt-dix pour cent de leur temps. ● Le soignant qui obtient enfin du temps pour parler prévention, avant la crise plutôt qu'après. ● L'élu qui plante, débitume, ombre les cours d'école et les arrêts de bus. ● Le parent qui montre à ses enfants qu'un adulte peut changer d'avis et de comportement sans en faire un drame. ● L'enseignant qui explique les eco geste du quotidien pour réduire nos impacts ● L'acteur, l'artiste, qui donne l'exemple pour faire de l'art et de la culture un levier majeur de la société ● Et moi ? et nous ? Comment rêver ?? Atténuation et adaptation. Climatique, démographique, technologique. Les deux jambes, pas une seule. La charte des Ambassadeurs 2030 met sur la voie, et c'est une porte d'entrée simple pour celles et ceux qui ne savent pas par où commencer. Rêver n'est pas fuir. Rêver, c'est écrire le cahier des charges. Personne n'a jamais construit quelque chose qu'il n'avait pas d'abord imaginé, et l'histoire des soixante dernières années est une démonstration ininterrompue de ce mécanisme. Et donc Nos grands-mères allaient au lavoir. Nous parlons à la planète entière en nous voyant. Cela s'est joué en dix-sept secondes à l'échelle de l'humanité. Nos petits-enfants ne nous jugeront pas sur nos intentions. Ils nous jugeront sur ce que nous avons fait de la micro-seconde qui nous a été confiée. TOUT EST POSSIBLE. Alors allons-y. RSE4LIFE

  • Art sur ordonnance : ce que la science et la Grèce disent à la France

    En France comme ailleurs, la santé mentale des jeunes est devenue une urgence de santé publique. Les files d'attente pour un premier rendez-vous en centre médico-psychologique (CMP) ou en pédopsychiatrie se comptent en mois. Pendant ce temps, l'adolescent attend et son état, lui, n'attend pas. C'est précisément cet angle mort, le temps de l'attente, qu'une étude britannique publiée en juillet 2026 vient éclairer d'une manière qui devrait retenir l'attention de tous ceux qui pilotent nos politiques de santé et de culture. Une preuve, pas une intuition L'équipe de l'University College London (UCL) a suivi plus de 550 adolescents de 11 à 18 ans orientés vers les services de santé mentale pour enfants et adolescents en Angleterre. Le résultat est clair : les jeunes bénéficiant d'une « prescription sociale » ,c'est-à-dire d'une orientation vers des activités artistiques, sportives ou de soutien communautaire voient leur résilience, leur comportement et leurs relations aux autres s'améliorer pendant qu'ils patientent avant une prise en charge spécialisée. Ce résultat mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il déplace le débat. On ne parle plus seulement de l'art comme une option, d'un moment agréable pour le patient. On parle d'une intervention mesurable, adossée à une cohorte substantielle, qui agit là où le système est le plus démuni : dans le vide entre la demande de soin et le soin lui-même. Pour un décideur, la nuance est décisive. Une activité qui « fait du bien » relève du confort. Une intervention qui améliore des indicateurs cliniques et sociaux pendant une phase critique relève de la stratégie de santé publique. Cette étude ne tombe pas de nulle part. Elle s'inscrit dans un corpus scientifique désormais massif, porté notamment par la professeure Daisy Fancourt, nommée en mars 2026 titulaire de la Chaire UNESCO « Arts et santé mondiale » et directrice du Centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé sur les arts et la santé. Depuis la revue de plus de 3 500 études publiée par l'OMS en 2019, la question n'est plus de savoir si l'engagement culturel agit sur la santé, mais comment l'organiser à l'échelle d'un système. La Grèce a franchi le pas législatif C'est là que l'exemple grec devient éclairant, presque gênant pour nous. Car pendant que la France multiplie les expérimentations remarquables mais dispersées, la Grèce a fait quelque chose de simple et de radical : elle a inscrit l'art sur ordonnance dans son droit. En mars 2026, une décision ministérielle (99517/2026) a fixé les conditions et modalités de mise en œuvre du programme « L'art sur ordonnance comme traitement complémentaire en santé mentale ». Le dispositif n'est pas un projet pilote isolé porté par la bonne volonté d'un service hospitalier : il est intégré au plan national de relance et de résilience « Grèce 2.0 », placé sous la responsabilité du ministère de la Culture, et fondé sur la recherche conduite par l'institut universitaire de santé mentale et de neurosciences « Kostas Stefanis ». Les interventions couvrent l'ensemble des champs culturels - théâtre, arts visuels, musique, cinéma, danse, littérature - sous forme d'ateliers expérientiels et d'accès à des propositions culturelles. Ce qui distingue la démarche grecque, ce n'est pas l'idée , la France a les mêmes, et souvent depuis plus longtemps. C'est le franchissement d'un seuil : passer de l'anecdote émouvante à la norme juridique, du geste militant à la ligne budgétaire, de l'initiative locale au cadre national. La Grèce n'a pas attendu d'avoir « la » preuve définitive ; elle a construit un cadre qui produit lui-même de la preuve tout en rendant service. C'est une leçon de méthode. Le paradoxe français : des pionniers sans cadre La France ne manque ni de talents ni de convictions. Elle manque d'architecture. Nous avons Claire Oppert et son « traitement Schubert » au chevet des patients en soins palliatifs ; nous avons le diplôme universitaire « Prescriptions culturelles® » porté par Laure Mayoud à l'Université Lyon 1, qui forme les professionnels de santé et de culture ; nous avons l'AP-HP qui signe des conventions avec les Manufactures nationales pour faire entrer l'art au chevet des malades ; nous avons les programmes « Culture et Santé » des agences régionales de santé et des DRAC, et des expérimentations de prescription muséale à Montpellier ou à Lille. Mais tout cela reste une constellation, pas un système. Chaque initiative dépend d'un porteur, d'un financement reconductible, d'une volonté locale. Rien ne relie ces points en une politique publique lisible, évaluée et pérenne. Le résultat est prévisible : une richesse d'expérimentations qui peine à changer d'échelle, et une invisibilité relative de la France dans le mouvement européen qui, lui, s'accélère. L'OMS/Europe et l'Union européenne ont engagé en 2026 un travail explicite de passage à l'échelle, appuyé par le rapport européen Culture and Health: Time to Act et par le nouveau European Culture and Health Hub (programme Horizon Europe, 2026-2029, réunissant quinze organisations dans treize pays). Le train est en marche. La question est de savoir si la France y monte comme conductrice ou comme passagère. Ce que cela appelle pour les décideurs Pour un responsable de santé publique comme pour un responsable culturel, l'enseignement de cette séquence est convergent. La santé mentale des jeunes est une priorité affichée ; l'engagement culturel dispose désormais d'une base de preuves suffisante pour être testé sérieusement comme réponse à l'attente de soin ; et un pays européen vient de démontrer qu'on peut passer du pilote au cadre juridique sans attendre la perfection scientifique. L'enjeu n'est pas d'importer tel quel le modèle grec, ni de survendre l'art comme une solution miracle à la crise de la pédopsychiatrie , il ne remplace pas le soin spécialisé, il en soutient l'amont. L'enjeu est de décloisonner : de faire dialoguer les directions de la santé et de la culture autour d'un objectif partagé et mesurable, en commençant par la population où le besoin est le plus criant et où la preuve est la plus fraîche , les adolescents en attente de prise en charge. Un cadre expérimental national, adossé à une évaluation robuste et à un financement identifié, transformerait notre constellation d'initiatives en une politique. La matière première existe déjà. Ce qui manque, c'est la décision. Sources : UCL — Social prescribing may help young people awaiting mental health care (juillet 2026) · UCL — Daisy Fancourt nommée Chaire UNESCO Arts et santé mondiale (mars 2026) · Art on Prescription — Grèce (programme officiel) · OMS/Europe & UE — passage à l'échelle des arts et de la culture dans les systèmes de santé (fév. 2026) · European Culture and Health Hub — EuroHealthNet · DU Prescriptions culturelles®, Université Lyon 1 (Laure Mayoud)· AP-HP × Manufactures nationales

  • SNBC 3 : la France vient de fixer son cap pour 2038. Et votre entreprise ?

    Le 18 juillet 2026, un décret est passé relativement inaperçu. Pourtant, il fera probablement partie des textes qui transformeront le plus profondément notre économie au cours des quinze prochaines années. Avec la publication de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), la France ne se contente plus d'afficher des ambitions climatiques. Elle se fixe désormais un véritable budget carbone jusqu'en 2038. Le changement est loin d'être anodin. Pendant longtemps, la question était simple : « Comment réduire nos émissions ? » Désormais, elle devient beaucoup plus exigeante : « Combien d'émissions pouvons-nous encore nous autoriser ? » La nuance est fondamentale. Comme un budget financier, un budget carbone ne se discute pas. Il se respecte. Le décret fixe ainsi une trajectoire de réduction des émissions nationales de 342 MtCO₂e par an sur la période 2024-2028 à seulement 194 MtCO₂e entre 2034 et 2038. Derrière ces chiffres se cachent des transformations considérables : le secteur des transports devra quasiment diviser par deux ses émissions, les bâtiments réduire les leurs de près de 60 %, tandis que l'industrie devra poursuivre une décarbonation d'une ampleur rarement observée. Contrairement à ce que certains pourraient croire, ce décret ne crée pas directement de nouvelles obligations pour les entreprises. Aucune déclaration supplémentaire, aucune nouvelle sanction, aucun formulaire inédit. Mais ce serait une erreur de conclure qu'il ne change rien. En réalité, il constitue le socle sur lequel viendront progressivement s'appuyer toutes les futures réglementations : construction, rénovation, mobilité, industrie, énergie, commande publique, achats responsables, financement, urbanisme, agriculture, santé… Tous les secteurs seront concernés. Autrement dit, ce texte ne réglemente pas encore les entreprises. Il réglemente l'État. Et c'est précisément parce que l'État s'impose cette trajectoire qu'il devra progressivement adapter l'ensemble des politiques publiques afin de la respecter. Les dirigeants ont donc tout intérêt à changer de perspective. La plupart des entreprises pilotent encore leurs investissements à trois ou cinq ans. Certaines osent regarder jusqu'en 2030. Pourtant, l'horizon qui devrait désormais guider les décisions est 2038. Cette date peut sembler lointaine. Elle ne l'est pas. Une usine construite aujourd'hui sera encore en activité en 2038. Un établissement de santé rénové cette année accueillera toujours des patients. Un bâtiment tertiaire conçu aujourd'hui devra répondre aux exigences qui s'imposeront demain. Les achats réalisés aujourd'hui structureront encore les chaînes d'approvisionnement de la prochaine décennie. La véritable question n'est donc plus de savoir si les réglementations vont évoluer. Elles évolueront. La seule question est de savoir si votre organisation aura choisi de les anticiper ou de les subir. Chez PRIMUM NON NOCERE, nous pensons qu'il est temps d'aller plus loin que la simple conformité réglementaire. Après le bilan carbone, après la CSRD, après les obligations de reporting, une nouvelle approche devient nécessaire : évaluer la compatibilité d'une organisation avec la trajectoire nationale de décarbonation. La question que chaque dirigeant devrait désormais se poser est finalement très simple : Si la France a déjà construit sa feuille de route jusqu'en 2038, où en est la feuille de route de mon entreprise ?

  • L'ordonnance que votre médecin ne vous prescrira jamais (mais devrait)

    En 2019, l'OMS Europe a publié le rapport le plus complet jamais réalisé sur le lien entre les arts et la santé. Plus de 900 publications passées au crible, plus de 3 000 études analysées. La conclusion est sans appel : la pratique artistique, active ou passive, améliore la santé physique et mentale à tous les âges de la vie. Concrètement, ça donne quoi ? Dans les services d'urgence, la musique, l'artisanat ou une simple intervention de clown font baisser l'anxiété, la douleur et la tension artérielle, chez les enfants comme chez leurs parents. Chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, la danse améliore de façon cliniquement significative les scores moteurs. L'écriture de chansons en unité psychiatrique réduit la stigmatisation vécue et l'auto-stigmatisation. Et plusieurs pays étudient déjà sérieusement l'idée de faire prescrire des activités artistiques par les médecins de soins primaires, au même titre qu'un traitement classique. Sauf qu'en France, cette prescription-là n'est remboursée par personne. Pas de ticket modérateur, pas de forfait mutuelle, pas de case à cocher sur la carte Vitale. Alors, en attendant que la sécu et les complémentaires santé s'en emparent, quelqu'un doit bien la rédiger. La voici. Cette ordonnance n'a évidemment aucune valeur médicale. Elle n'ouvre droit à aucun remboursement, ne se présente à aucun pharmacien, et le docteur qui la signe n'existe pas. Mais elle a une valeur que beaucoup de vraies prescriptions n'ont pas : elle ne coûte rien, elle n'a aucun effet secondaire connu, et elle se renouvelle indéfiniment sans jamais épuiser son stock. Imprimez-la, affichez-la, glissez-la dans le sac d'un proche qui travaille trop et qui ne s'accorde plus rien. Ce n'est pas une blague sur la médecine. C'est un rappel que le soin ne se limite pas à ce qui se prescrit en pharmacie, et que la culture, comme la nature, est un déterminant de santé qu'on a fini par oublier de prendre au sérieux. Et vous, quelle case de cette ordonnance avez-vous cochée cette semaine ? Source : Organisation mondiale de la santé, Bureau régional pour l'Europe, "What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being?", rapport HEN, novembre 2019.

  • Et si nous arrêtions enfin de jeter de l'eau potable ?

    Pendant longtemps, la réglementation française reposait sur un principe simple : lorsqu'un doute apparaissait, on vidait, on remplaçait, on jetait. Dans les piscines collectives, les hôtels, certains établissements de santé, les centres de rééducation ou encore les campings, des milliers de mètres cubes d'eau étaient renouvelés selon un calendrier imposé, parfois alors même que leur qualité restait parfaitement maîtrisée. Le décret et l'arrêté publiés fin 2025 marquent une évolution discrète. Pourtant, ils pourraient transformer durablement notre manière de gérer l'eau. La logique n'est plus de remplacer systématiquement une eau parce qu'une date est atteinte. Désormais, c'est sa qualité réelle qui devient le critère de décision. Ce changement paraît technique. Il est en réalité profondément culturel. Nous passons progressivement d'une logique de consommation à une logique de gestion durable de la ressource. Dans un contexte où les épisodes de sécheresse se multiplient, où certaines collectivités limitent déjà les usages de l'eau potable plusieurs semaines par an et où les établissements cherchent à réduire leur empreinte environnementale, cette évolution ouvre des perspectives considérables. Car la vraie question n'est plus seulement : « Quand faut-il renouveler l'eau ? » La vraie question devient : « Comment éviter de gaspiller une ressource devenue précieuse ? » Cette nouvelle philosophie dépasse largement les seules piscines. Elle invite tous les établissements accueillant du public à regarder autrement leurs consommations d'eau. Hôtels, campings, centres de rééducation, établissements de santé, résidences services, établissements médico-sociaux, équipements sportifs ou thermaux disposent souvent de nombreux flux d'eau encore insuffisamment valorisés. L'eau des piscines lorsqu'elle doit être renouvelée. Les eaux de pluie. Les condensats des centrales de traitement d'air ou des groupes froids. Certaines eaux techniques. Les eaux de rinçage ou de process. Autant de ressources qui peuvent désormais être étudiées sous un angle nouveau, sous réserve bien entendu de respecter les exigences sanitaires et les dispositions réglementaires applicables. Le texte ouvre également une autre possibilité particulièrement intéressante : lorsqu'un usage n'est pas explicitement prévu, il est désormais possible de proposer des solutions alternatives, à condition de démontrer leur innocuité sanitaire, leur intérêt environnemental et de mettre en place un dispositif de contrôle adapté. Autrement dit, la réglementation n'interdit plus d'innover. Elle encadre l'innovation. Pour le secteur de la santé, cette évolution est particulièrement stratégique. L'eau constitue une ressource indispensable aux soins, à l'hygiène, au fonctionnement des équipements techniques, aux espaces verts, aux blanchisseries ou encore aux activités de balnéothérapie. Dans les prochaines années, la question ne sera probablement plus uniquement de réduire les consommations. Elle sera de connaître précisément chaque litre d'eau entrant dans un établissement, de comprendre où il est utilisé, où il est perdu, où il pourrait être réutilisé et comment préserver sa qualité. C'est exactement ce que l'on appelle aujourd'hui l'empreinte hydrique. Après avoir appris à mesurer notre empreinte carbone, il devient désormais indispensable de mesurer notre dépendance à la ressource en eau. Les établissements qui prendront ce virage dès aujourd'hui disposeront d'un avantage considérable : ils réduiront leurs consommations, anticiperont les futures contraintes climatiques, diminueront leurs coûts d'exploitation et renforceront leur résilience. La réglementation évolue. Les pratiques vont suivre. La véritable question est désormais simple. Attendra-t-on la prochaine sécheresse pour repenser notre gestion de l'eau... ou commencerons-nous dès aujourd'hui à considérer chaque litre comme une ressource qu'il convient de préserver plutôt que de remplacer ?

  • Le risque chimique dans les laboratoires médicaux : l'angle mort de la santé au travail

    Lorsqu'on évoque les risques professionnels dans un laboratoire de biologie médicale, chacun pense immédiatement aux virus, aux bactéries ou aux prélèvements biologiques. Pourtant, une autre menace accompagne quotidiennement les professionnels de laboratoire. Plus silencieuse, souvent moins visible, elle est pourtant omniprésente : le risque chimique. Réactifs d'analyse, solvants, colorants, fixateurs, produits de désinfection, agents de nettoyage, gaz techniques... Derrière chaque analyse se cache une succession de manipulations chimiques dont certaines peuvent exposer les professionnels à des substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). Les chiffres français rappellent l'ampleur du phénomène. Selon l'enquête SUMER, plus d'un salarié sur dix est exposé à au moins un agent CMR au cours de son activité professionnelle. Dans certains contextes, notamment le travail de nuit particulièrement répandu dans les laboratoires hospitaliers, les expositions chimiques concernent jusqu'à près d'un salarié sur deux. Les établissements de santé figurent parmi les secteurs les plus concernés. Pourtant, les laboratoires médicaux restent paradoxalement peu documentés. Les publications françaises décrivent précisément les obligations réglementaires, les bonnes pratiques et les produits concernés, mais les grandes études sur les incidents, les expositions réelles ou les conséquences sanitaires sont encore rares. Cette absence de données ne signifie évidemment pas une absence de risque. L'évolution des automates, des systèmes fermés et des procédures a considérablement réduit certaines expositions. Mais les risques persistent lors des phases de préparation, de maintenance, de nettoyage, de changement de consommables ou lors de situations dégradées. Les désinfectants puissants, les solvants, les acides, les bases ou encore certains colorants continuent d'être manipulés quotidiennement. Le véritable défi consiste désormais à dépasser la seule conformité réglementaire. L'objectif n'est plus uniquement de respecter le Code du travail mais de construire une véritable culture de prévention. Cela passe par l'inventaire précis des substances utilisées, la recherche systématique de produits de substitution moins dangereux, la maîtrise des ventilations, la qualité des équipements de protection individuelle, la formation régulière des équipes et surtout l'évaluation réelle des expositions. Les études montrent d'ailleurs que les expositions diminuent significativement lorsque les organisations disposent d'une gouvernance active de la prévention associant comité santé-sécurité, management de proximité et experts en prévention. L'Europe poursuit cette dynamique avec le partenariat PARC, coordonné par l'ANSES, dont l'ambition est de développer une véritable biosurveillance des expositions chimiques. Demain, ces données permettront probablement de mieux connaître les risques auxquels sont réellement exposés les professionnels de laboratoire. En attendant, une certitude demeure : nous ne pouvons protéger efficacement que ce que nous acceptons de mesurer. Le risque chimique des laboratoires médicaux n'est probablement pas sous-estimé parce qu'il est faible. Il l'est surtout parce qu'il demeure encore insuffisamment documenté. Faire progresser la santé au travail dans les laboratoires ne consiste donc pas uniquement à mieux manipuler les produits chimiques. Cela consiste avant tout à rendre visible ce qui, jusqu'à présent, est resté largement invisible.

  • Allégations environnementales : le temps de l'impunité touche-t-il à sa fin ?

    Pendant longtemps, une promesse environnementale suffisait souvent à convaincre. Une bouteille « neutre en carbone », une entreprise présentée comme « acteur majeur de la transition énergétique », un produit qualifié de « durable » ou de « responsable »... Les consommateurs, les acheteurs et parfois même les investisseurs n'avaient d'autre choix que de faire confiance. Cette époque semble progressivement s'achever. Depuis plusieurs mois, les décisions de justice se multiplient et dessinent une tendance de fond : les allégations environnementales, lorsqu'elles sont imprécises, exagérées ou impossibles à démontrer, peuvent désormais être qualifiées de pratiques commerciales trompeuses. L'actualité récente est particulièrement révélatrice. La marque Volvic a ainsi été condamnée pour plusieurs mentions figurant sur ses bouteilles, notamment « neutre en carbone », « 100 % recyclée » ou « 100 % recyclable », le tribunal considérant que ces allégations relevaient du greenwashing et étaient susceptibles d'induire le consommateur en erreur. Quelques mois auparavant, TotalEnergies était condamnée pour avoir présenté sa communication institutionnelle comme la preuve de son rôle d'« acteur majeur de la transition énergétique » et de sa trajectoire vers la neutralité carbone. Le tribunal a estimé que ces messages étaient de nature à influencer le comportement du consommateur en donnant une image environnementale trompeuse de l'entreprise. Dans un tout autre secteur, SFR a également été condamnée pour des pratiques commerciales trompeuses concernant la commercialisation de certains forfaits présentés comme « à vie ». De son côté, Indexia a été sanctionnée pour ses pratiques liées aux assurances affinitaires. Quant aux industriels du revêtement de sol Tarkett, Forbo et Gerflor, ils ont été lourdement sanctionnés pour des pratiques anticoncurrentielles illustrant, là encore, que les comportements commerciaux déloyaux finissent par être rattrapés par le droit. Ces décisions concernent des secteurs très différents. Elles ont pourtant un point commun : la confiance devient un actif stratégique, et toute communication qui la détourne peut désormais coûter extrêmement cher. Cette évolution constitue une excellente nouvelle pour les acheteurs responsables. Car leur difficulté ne sera bientôt plus seulement d'acheter au meilleur coût ou avec la meilleure performance environnementale. Leur véritable défi sera de distinguer les engagements démontrés des promesses marketing. Demain, un fournisseur ne sera plus évalué uniquement sur ce qu'il affirme, mais sur ce qu'il est capable de prouver. Les labels crédibles, les analyses de cycle de vie, les audits indépendants, les données vérifiables, les certifications reconnues, les bilans carbone documentés, les preuves d'écoconception ou encore les évaluations ESG indépendantes prendront une valeur considérable. L'enjeu dépasse largement le greenwashing. Nous entrons dans l'ère de la preuve. Les directions achats devront développer une nouvelle compétence : savoir détecter les allégations trompeuses avant qu'elles n'entrent dans leurs marchés. Les directions RSE devront apprendre à sécuriser juridiquement leurs propres communications. Les industriels devront accepter que la crédibilité ne se décrète plus : elle se démontre. Ces condamnations ne doivent donc pas être perçues comme de mauvaises nouvelles pour les entreprises. Elles sont au contraire rassurantes. Elles montrent que le droit commence à protéger les consommateurs, les acheteurs et les entreprises réellement engagées contre une concurrence déloyale fondée sur des promesses environnementales sans fondement. La transition écologique ne pourra réussir que si la confiance redevient une valeur mesurable. Et demain, la meilleure stratégie commerciale ne sera probablement plus de communiquer davantage. Elle sera simplement de pouvoir tout prouver. Les 20 allégations qui doivent immédiatement éveiller la vigilance des acheteurs Aucune de ces affirmations n'est forcément mensongère. En revanche, chacune devrait déclencher la même question : "Pouvez-vous me le prouver ?" « Produit écologique », Sur quels critères ? Selon quelle méthodologie ? Comparé à quoi ? « Respectueux de l'environnement », Une formule très large qui ne signifie rien sans preuves objectives. « Durable », Durable pour combien de temps ? Selon quel référentiel ? Sur quels indicateurs ? « Éco-responsable », Expression marketing très utilisée mais rarement définie. « Vert » ou « Green », Une couleur n'est pas une démonstration. « Bas carbone », Par rapport à quelle référence ? Une Analyse de Cycle de Vie existe-t-elle ? « Neutre en carbone », Les émissions sont-elles réellement supprimées ou simplement compensées ? « Zéro impact », Aucun produit industriel n'a aujourd'hui un impact nul. « Naturel », Naturel ne signifie ni sans danger, ni écologique. « Biodégradable », Dans quelles conditions ? En milieu naturel ? En compost industriel ? En combien de temps ? « Recyclable », Le matériau peut l'être... mais est-il effectivement recyclé dans les filières existantes ? « 100 % recyclable », Même vigilance : potentiel technique ou réalité industrielle ? « Fabriqué à partir de matières recyclées », Quel pourcentage exactement ? 5 % ou 95 % ? « Sans plastique », Le plastique est-il réellement absent ou simplement remplacé par un autre matériau tout aussi impactant ? « Compensation carbone », Quelle certification ? Quel organisme ? Quelle permanence des projets financés ? « Fabrication locale », Quelle étape est réellement réalisée localement ? L'assemblage ? La production ? La conception ? « Circuit court », Distance ? Nombre d'intermédiaires ? Définition retenue ? « Énergie verte », Origine réelle de l'électricité ? Garanties d'origine ? Production propre ? « Conforme aux objectifs RSE », Quels objectifs ? Ceux de l'entreprise ou un référentiel reconnu ? « Conforme à la CSRD » ou « compatible CSRD », La CSRD n'est pas un label. Une entreprise ne peut pas simplement s'autoproclamer "compatible". Les données publiées doivent répondre à des exigences précises et être auditables. Les 10 réflexes des acheteurs responsables Face à une allégation environnementale, il ne faut jamais répondre par la confiance ou la défiance. Il faut demander des preuves. Demandez une Analyse de Cycle de Vie lorsqu'elle existe. Exigez un rapport carbone et sa méthodologie. Vérifiez l'existence d'une certification indépendante. Contrôlez les dates des études présentées. Identifiez qui a réalisé les calculs. Vérifiez si les chiffres couvrent tout le cycle de vie ou seulement une partie. Recherchez les décisions de justice déjà rendues concernant l'entreprise. Examinez les avis de l'Autorité de la concurrence, de la DGCCRF ou de l'ADEME. Enfin, méfiez-vous des superlatifs : le plus écologique, le plus vert, 100 % responsable, zéro impact... Plus une promesse est absolue, plus elle mérite d'être démontrée. Dans cet esprit , voici une nouvelle dynamique à integrer au quotidien: un concept simple et mémorisable, la méthode P.R.E.U.V.E. Avant de croire une allégation, l'acheteur vérifie : P : Preuves documentées disponibles ? R : Référentiel reconnu utilisé ? E : Évaluation indépendante réalisée ? U : Utilité environnementale réellement démontrée ? V : Vérifiabilité des données ? E : Éléments accessibles en cas d'audit ? A vous de jouer !

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