2035 – 2050 : pourquoi l’hospitalisation à domicile doit devenir la colonne vertébrale du système de santé français
- oliviertoma
- 4 févr.
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En 2035, la France comptera près de 16 millions de personnes âgées de plus de 70 ans, dont plus de 3 millions auront dépassé les 85 ans. Quinze ans plus tard, à l’horizon 2050, ce chiffre atteindra près de 5 millions de personnes très âgées. Ces projections ne relèvent ni de la science-fiction ni d’un catastrophisme de circonstance. Elles sont désormais stabilisées, documentées, connues. Et pourtant, elles restent largement absentes du débat public structurant.
La question n’est plus de savoir si notre système de santé devra s’adapter. Il n’en a tout simplement pas le choix. La seule inconnue porte sur la manière dont cette adaptation se fera : de façon anticipée, organisée et humaine, ou dans l’urgence, sous contrainte, avec des renoncements qui ne diront pas leur nom.
Car si nous ne voulons pas que la politique de santé de 2050 repose sur une forme d’abandon thérapeutique, non par choix idéologique mais par incapacité structurelle, alors nous devons agir maintenant.
Une transformation qui ne viendra probablement pas du politique
Il faut être lucide. Les cycles électoraux sont courts, les réformes du système de santé longues, complexes, coûteuses et politiquement risquées. Le vieillissement, lui, est lent mais implacable. Il est donc peu probable que l’impulsion décisive vienne uniquement des partis politiques, malgré les discours et les promesses.
La transformation viendra d’ailleurs. Elle viendra des professionnels de santé, des aidants, des collectivités, des territoires, et de la population elle-même, qui devra s’organiser pour garantir une prise en charge digne et soutenable de ses aînés. Comme cela a souvent été le cas dans l’histoire de notre système de protection sociale, le terrain précédera la loi.
Repenser l’hôpital : moins de murs, plus de parcours
L’hôpital, tel que nous l’avons conçu au XXᵉ siècle, n’est pas dimensionné pour une société où un quart de la population aura plus de 70 ans. Les lits ne suffiront pas. Les urgences continueront de saturer. Les séjours prolongés fragiliseront davantage des patients déjà vulnérables.
L’hôpital de demain devra se recentrer sur ce qu’il fait le mieux : l’aigu, le complexe, le technique. Il devra devenir une plateforme de compétences, un pivot du parcours, et non plus le lieu par défaut de la fin de vie ou de la dépendance installée. Cela suppose une réorganisation profonde, mais aussi un changement culturel : sortir de la logique du tout-hospitalier.
Les soins et l’hospitalisation à domicile : une clé centrale
C’est là que les soins et l’hospitalisation à domicile deviennent stratégiques. Non comme une solution marginale ou expérimentale, mais comme l’un des piliers structurants du système de santé de demain.
Le domicile est déjà le premier lieu de soin. Il doit devenir le premier lieu de santé. Les données sont claires : lorsqu’ils sont bien organisés, les soins à domicile réduisent les hospitalisations évitables,les émmissions de CO2, limitent les infections, préservent l’autonomie et améliorent la qualité de vie. Ils sont aussi mieux acceptés par les patients et leurs proches.
Mais cela suppose d’investir massivement dans l’organisation, la coordination, le numérique utile, la logistique, et surtout dans les ressources humaines.
Former, recruter, rémunérer : un enjeu sanitaire et social majeur
Il faudra former beaucoup plus de professionnels de santé orientés vers le domicile. Infirmiers, aides-soignants, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychologues, coordonnateurs de parcours, aides à domicile qualifiées. Il faudra aussi reconnaître et structurer le rôle des aidants professionnels, leur offrir des conditions de travail décentes, une rémunération juste, une reconnaissance sociale.
Ce chantier est aussi une opportunité sociale majeure. Dans un pays confronté au chômage structurel, notamment dans certains territoires, les métiers du soin et de l’accompagnement à domicile peuvent devenir un gisement d’emplois utiles, non délocalisables, porteurs de sens. À condition de cesser de les considérer comme des coûts et de les reconnaître comme des investissements.
Ce qu’il faut commencer à faire dès maintenant
Si l’on veut être prêt dans dix ans, certaines actions doivent être engagées immédiatement.
Il faut d’abord structurer des territoires de santé de la longévité, capables de coordonner soins, médico-social, habitat, prévention et lien social à l’échelle locale. Il faut ensuite intégrer pleinement la santé environnementale dans la prise en charge des personnes âgées : qualité de l’air intérieur, confort thermique, lutte contre les îlots de chaleur, réduction des expositions chimiques, alimentation adaptée.
Il faut aussi accepter d’innover. Déployer des équipes mobiles de prévention de la fragilité. Créer des statuts intermédiaires entre soignant, travailleur social et coordinateur. Développer des habitats partagés et évolutifs, connectés aux services de soins. Intégrer l’art, la culture, les pratiques corporelles et le lien social comme de véritables outils de prévention de la perte d’autonomie, et non comme des animations périphériques.
Enfin, il faudra, tôt ou tard, ouvrir le débat sur le financement global de la longévité, y compris celui des retraites. L’éviter ne le rendra pas moins nécessaire. Mais ce débat n’a de sens que si, parallèlement, nous construisons un système de santé capable d’accompagner dignement l’allongement de la vie.
2035 est déjà là
Dans dix ans, il sera trop tard pour dire que nous ne savions pas. Les chiffres sont connus. Les tendances sont claires. La question n’est plus « faut-il agir ? » mais « qui commence ? ».
Si l’État tarde, les professionnels de santé et les citoyens n’ont pas d’autre choix que de s’organiser. Non par défiance, mais par responsabilité. Parce que prendre soin de nos aînés n’est pas un sujet technique. C’est un choix de société.



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