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« 2050 commence aujourd’hui : pour une nouvelle politique de santé à la hauteur du vieillissement de la France »

  • oliviertoma
  • 10 déc. 2025
  • 4 min de lecture


Il y a des chiffres qui ne préviennent pas, mais qui devraient faire trembler nos certitudes.En 2020, la France comptait environ 2,2 millions de citoyens de 85 ans et plus.En 2050, ils seront ( nous serons) près de 5 millions.Ce doublement n’a rien d’un scénario pessimiste : c’est la trajectoire centrale des projections démographiques. C’est donc certain. Et pourtant, la France continue de préparer son système de santé comme si l’échéance n’existait pas.

Nous ne parlons pas ici d’un sujet sectoriel réservé aux gériatres ou aux ministères. Nous parlons d’un basculement structurel, social, économique et sanitaire dont l’intensité dépasse celle du vieillissement d’après-guerre.Ce qui s’annonce, c’est la plus grande transition sanitaire de l’histoire contemporaine du pays.


Une France qui avance en âge plus vite que son système de santé

La génération des baby-boomers franchit progressivement le seuil de la fragilité. Vagues de chaleur, pollutions, isolement, maladies neurodégénératives, perte d’autonomie : tout converge.Et pourtant, nous continuons à gérer l’âge avancé comme une succession d’actes et de dispositifs, non comme un parcours de vie.

Nous avons un système hospitalier saturé, un médico-social sous-doté, une médecine de ville affaiblie, et surtout un impensé majeur : la fragilité est devenue un enjeu de santé publique, pas un simple accident statistique.La question n’est plus : comment mieux accueillir la dépendance ?La question est : comment éviter qu’elle ne survienne trop tôt, trop fort, trop violemment ?


Le modèle actuel ne tiendra pas face à 5 millions de 85+

Si nous ne transformons pas notre modèle, nous multiplierons mécaniquement :

  • les hospitalisations évitables,

  • les passages aux urgences,

  • les pertes d’autonomie brutales,

  • les coûts pour la Sécurité sociale et les départements,

  • l’épuisement des soignants et des aidants.


Si nous ne voulons pas que la politique de santé de 2050 soit fondée sur une forme d’abandon thérapeutique -non pas par choix idéologique, mais par simple incapacité structurelle à faire face - alors il faut agir maintenant, avec lucidité et ambition.

Ce n’est pas un futur hypothétique : c’est la prolongation logique de l’inertie actuelle.La bonne nouvelle, c’est que ce futur n’est pas inéluctable.


Construire une nouvelle politique de santé : la France de la longévité

Nous devons changer de paradigme.La santé ne peut plus se penser « en aval », une fois la fragilité installée.Elle doit devenir anticipation, environnement, prévention, autonomie.


Axe 1 — Faire de la prévention une politique nationale structurante, pas un slogan

La France consacre moins de 3 % de son budget de santé à la prévention.À l’heure où l’on vit 20 ans de plus qu’en 1950, c’est une erreur stratégique majeure.


Nous devons massifier :

  • la prévention nutritionnelle,

  • l’activité physique adaptée,

  • la lutte contre la sédentarité,

  • la prévention des chutes,

  • la qualité de l’air intérieur et extérieur,

  • la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens et micropolluants,

  • les programmes de stimulation cognitive et sensorielle.

Prévenir la fragilité n’est pas un supplément d’âme.C’est la seule façon de contenir les coûts, d’honorer la dignité, et de rendre la santé soutenable.


Axe 2 — Repenser l’habitat comme premier lieu de santé

La majorité des Français de 85+ voudront rester chez eux.Or, leur logement n’est souvent ni adapté, ni sobre, ni sain.

La politique de santé doit intégrer une politique du logement.

  • adaptation massive des logements,

  • lutte contre les îlots de chaleur urbains,

  • rénovation thermique ciblée sur les seniors,

  • déploiement de formes nouvelles d’habitat : résidences autonomie, béguinages, coliving seniors, maisons partagées.

Le prochain quinquennat devra créer un Plan national Habitat & Longévité, articulant santé, architecture, mobilité et lien social.


Axe 3 — Reconstruire les métiers du soin comme des métiers d’avenir

Le grand âge n’est pas un problème démographique : c’est un problème de ressources humaines.

Nous manquerons d’aides à domicile, d’infirmiers, d’aides-soignants, de gériatres, de psychologues.Les conditions de travail actuelles sont intenables.


Il est temps :

  • de revaloriser réellement ces métiers,

  • de réduire les tâches inutiles,

  • d’équiper les équipes en outils de coordination efficaces,

  • et de créer de nouveaux rôles : médiateur santé-environnement, coach de fragilité, facilitateur art & santé, coordinateur de parcours.

Un pays qui va abriter 5 millions de personnes très âgées doit considérer ces métiers comme noyau stratégique de sa souveraineté sanitaire.


Axe 4 — Faire entrer la santé environnementale au cœur des politiques publiques

Le vieillissement est indissociable de son environnement.Pollution de l’air, chaleur, bruit, eau, habitat, alimentation, plastiques, perturbateurs endocriniens : tout impacte l’âge avancé beaucoup plus durement que la moyenne de la population.

La France doit assumer un nouveau pilier : la santé environnementale comme socle de politique de longévité.


Cela implique :

  • de généraliser la transition écologique du système de santé,

  • d’accélérer l’éco-conception des soins et des parcours,

  • de réduire les émissions de particules fines liées aux achats,

  • de revoir les normes de qualité de l’air intérieur dans les établissements,

  • d’interdire les matériaux et produits dangereux pour les plus fragiles.


Axe 5 — Art, culture, nature : les nouveaux déterminants de santé

Vieillir n’est pas seulement une affaire de biologie.C’est une affaire de sens, de lien, de joie possible.

L’art, la culture, la nature, les jardins thérapeutiques, les ateliers sensoriels, les pratiques corporelles comme le tai chi ou le qi gong, ont des effets cliniquement mesurés sur :

  • le stress,

  • la douleur,

  • la cognition,

  • la dépression,

  • la qualité de vie,

  • l’autonomie.

La France a l’opportunité de devenir le premier pays qui intègre pleinement les arts et la culture dans sa politique de santé publique, en particulier pour les personnes très âgées.C’est l’esprit du Kyosei : vivre ensemble, en visant le bien commun.


4. Choisir la société que nous voulons

Nous avons un choix collectif à faire.Dans 25 ans, la France sera un pays où vivent 5 millions de personnes de 85 ans et plus.Nous pouvons :

  • soit subir ce basculement,

  • soit le transformer en moteur de progrès social, environnemental et sanitaire, en assumant que la longévité est une chance pour repenser nos manières de vivre, de prendre soin, d’habiter et de créer du lien.


Il est encore temps. Mais le temps n’est plus à l’ajustement à la marge.Il est à la réinvention.

Les échéances électorales à venir ne peuvent pas contourner cette question.Elles doivent y répondre, clairement, courageusement.L’histoire jugera notre capacité à anticiper et à protéger, non notre habileté à gérer l’urgence.

2050 commence aujourd’hui.À nous de décider ce que cela signifie.

 
 
 

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