ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

PNACC : la santé et le médico-social, angle mort de l’adaptation
Trente-trois mille climatiseurs mobiles en un été. Soixante millions d'euros par an de travaux. Et, dans le point d'avancement du PNACC de juin 2026, une seule ligne pour les établissements de santé. Il est temps de créer un Fonds pour la transition écologique du secteur de la santé.
Le chiffre qui dit tout
Juin 2026, canicule d'une intensité comparable à 2003. Le gouvernement débloque 100 millions d'euros d'urgence pour des outils de rafraîchissement, soit selon Matignon 30 000 climatiseurs mobiles pour les hôpitaux et les EHPAD. Le 30 juillet, la ministre de la Santé annonce 33 000 appareils livrés !
Le 25 juin, dans un courrier aux maires, le Premier ministre annonçait par ailleurs le doublement de l'enveloppe de rénovation énergétique des hôpitaux : 600 millions d'euros sur 2026-2035, à l'intérieur d'un plan d'investissement hospitalier de 6 milliards d'euros. Soit 60 millions par an pour l'ensemble du parc.
Un seul été de rafraîchissement d'urgence aura donc coûté près de deux années de rénovation énergétique.
Ce n'est pas un procès d'intention : face à des services en tension, il fallait agir vite. C'est le constat d'un rapport structurel entre le curatif et le préventif, celui que nous décrivons depuis vingt ans dans le champ du soin et qui se reproduit à l'identique dans celui du bâti.
Ce que le PNACC dit du secteur, et ce qu'il dit des autres
Le troisième Plan national d'adaptation, publié le 10 mars 2025, est un bon plan : premier à se fonder sur une trajectoire de réchauffement de référence (+ 2 °C en 2030, + 2,7 °C en 2050, + 4 °C en 2100), 52 mesures, et plus de 85 % des actions engagées selon le point d'avancement de juin 2026.
Voici ce que ce point d'avancement dit du secteur de la santé, à la mesure 29, dans son intégralité : le cadrage de l'étude prospective sur les conséquences du changement climatique sur le système de santé français est en cours, avec un parangonnage des stratégies d'évaluation de la vulnérabilité réalisé par l'ANAP.
Un cadrage d'étude. Comparons, dans le même rapport :
● Énergie : 13 études de vulnérabilité et 10 plans d'adaptation. RTE annonce 24 milliards d'euros pour adapter 80 % de son réseau à horizon 2040.
● Transports : 17 études de vulnérabilité et 13 plans d'adaptation déjà rendus.
● Écoles : centre de ressources sur la rénovation du bâti, charte de rénovation, éligibilité au Fonds vert, plan ministériel vagues de chaleur publié le 28 mai 2026.
● Santé et médico-social : un cadrage d'étude.
Le secteur qui accueille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur tout le territoire, les personnes les plus vulnérables à la chaleur est le seul service essentiel sans étude de vulnérabilité consolidée, sans plan d'adaptation et sans ligne de financement dédiée. Nous ne demandons pas un traitement de faveur, mais celui déjà accordé à l'énergie, aux transports et à l'école.
Le département est la bonne maille, et elle est déjà disponible
La vulnérabilité d'un établissement ne se décrète pas depuis Paris. Elle résulte de facteurs strictement locaux : l'année de construction et la nature du bâti, la démographie et les projections du grand âge, le stress hydrique, et l'intensité de l'îlot de chaleur urbain, qui dépend du PLU et de la gestion des espaces verts, donc de la commune et non de l'ARS.
Rien de tout cela n'est à construire. Les projections climatiques et hydroclimatiques sont disponibles territoire par territoire sur DRIAS et Explore2. L'instance existe aussi : en 2025, les COP territoriales ont tenu des réunions consacrées à l'adaptation dans tous les départements de l'Hexagone, où les vagues de chaleur en contexte urbain sont arrivées en tête des enjeux. Il manque simplement le volet santé et médico-social.
Nous proposons que chaque département produise, sous l'égide du préfet et de l'ARS et avec le conseil départemental pour les ESSMS, une cartographie de vulnérabilité de son parc croisant bâti, démographie, ressource en eau et environnement urbain. C'est un travail de quelques mois.
Du FREH au FTES
Dans le Livre Vert pour une santé durable, publié en 2017, nous proposions la création d'un Fonds pour la rénovation énergétique hospitalière. Neuf ans plus tard, l'État y vient, mais par la porte de l'urgence, avec un périmètre hospitalier qui laisse le médico-social de côté et un intitulé purement énergétique qui ignore l'eau, l'air intérieur et la végétalisation.
Nous proposons donc un Fonds pour la transition écologique du secteur de la santé, le FTES, avec les quatre caractéristiques qui manquent aujourd'hui :
● Un périmètre complet : sanitaire, social et médico-social, public comme privé, Outre-mer compris.
● Une programmation départementale, fondée sur les cartographies de vulnérabilité et non sur le nombre de lits.
● Une pluriannualité réelle sur dix ans, adossée au plan d'investissement de 6 milliards d'euros.
● Une éco-conditionnalité : chaque euro engagé doit produire un gain mesuré de confort d'été, de sobriété hydrique et d'empreinte carbone.
Ce fonds n'invente rien : il agrège des outils qui existent déjà mais s'ignorent, dont l'enveloppe de 600 millions d'euros, le Fonds vert désormais conditionné à la prise en compte du confort d'été, les certificats d'économie d'énergie et la TVA réduite à 5,5 % sur les réseaux de froid votée en loi de finances pour 2026.
L'Europe doit y prendre sa part, à condition d'être précis : LIFE et Horizon Europe pour la méthode et les démonstrateurs, FEDER, BEI et ELENA pour le capital. La demande à formuler est simple : faire des établissements sanitaires et médico-sociaux une catégorie éligible explicite des instruments européens d'adaptation, au même titre que les transports et l'énergie.

Ne confondons pas climatiser et adapter
Le secteur affronte simultanément trois adaptations : démographique, climatique et technologique. On ne rénove pas trois fois le même bâtiment. Traitées ensemble, ces contraintes deviennent le levier qui permettra d'améliorer en même temps le confort des patients et des résidents, les conditions de travail des professionnels et l'empreinte carbone et hydrique du secteur.
Le point d'avancement du PNACC le dit lui-même : 2026 est une année charnière, celle où les études doivent devenir des plans opérationnels et où leur financement constituera l'enjeu structurant. Si la mesure 29 en reste au parangonnage, nous rachèterons des climatiseurs l'été prochain, et l'été suivant.
Nous ne demandons pas à l'État de dépenser davantage. Nous lui demandons de dépenser à froid plutôt qu'à chaud.
Sources : Point d'avancement du PNACC, juin 2026 (mesures 21 à 31) ; PNACC-3, 10 mars 2025 ; courrier du Premier ministre aux maires du 25 juin 2026 ; déclaration de la ministre de la Santé du 30 juillet 2026 ; Le Livre Vert pour une santé durable, Primum Non Nocere, axe 5.



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