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COP30 : quand les banques centrales confirment que le climat coûtera plus cher que la transition

  • oliviertoma
  • 16 nov. 2025
  • 4 min de lecture

À Belém, au cœur de l’Amazonie, la COP30 a eu un mérite : rappeler que le débat sur le coût de la transition devrait être renversé. Ce n’est pas l’action qui coûte trop cher, c’est l’inaction qui ruine déjà nos économies. Ce n’est pas un slogan militant, mais la position officielle du Network for Greening the Financial System (NGFS), le réseau des banques centrales et superviseurs financiers regroupant 148 membres. Et quand ceux qui assurent la stabilité financière mondiale montent au créneau, c’est rarement par poésie environnementale.

Le NGFS a été clair : les dommages liés au dérèglement climatique dépassent déjà, année après année, le coût de la transition énergétique. En langage RSE, c’est la version climatique du « prévenir coûte toujours moins que réparer ». En langage financier, c’est une alerte rouge.


Le dérèglement climatique a déjà un coût massif et mesurable

Le rapport d’Agnès Bénassy-Quéré, économiste reconnue, illustre à quel point les pertes économiques ne sont plus théoriques. Elles sont là, chiffrées, consolidées, et documentées.


1. La France chauffe plus vite que la moyenne mondiale

La France atteint déjà +1,9 °C par rapport à l’ère préindustrielle, entraînant une multiplication des phénomènes extrêmes. Inondations, sécheresses, tempêtes : tout cela se traduit par des factures réelles, immédiates, et croissantes .


2. Les pertes directes explosent

  • Tempête Xynthia (2010) : 2,5 milliards d’euros de dommages, soit 0,13 % du PIB de l’époque.

  • Retrait-gonflement des argiles :

    • 1989-2015 : 400 M€/an

    • 2016-2020 : 1 Md€/an

    • 2022 : 3,5 Md€

Une multiplication par près de 9 en moins de dix ans.Ces ordres de grandeur ne laissent aucune place au doute : le climat est déjà un poste budgétaire.


3. Les assureurs tirent la sonnette d’alarme

Les surprimes « catastrophe naturelle » en assurance habitation et professionnelle sont passées de 12 % à 20 % en 2025.Et pour les entreprises :

  • +10,9 % sur les primes en 2023

  • +8,1 % en 2024

  • dont près d’1 milliard d’euros de surprimes « catnat »

Ce ne sont pas des choix commerciaux : ce sont des calculs actuariels.

L’assurance, métier du risque, n’est jamais alarmiste. Quand les assureurs augmentent massivement leurs primes, c’est que le réel est déjà arrivé.


4. Au niveau européen : 40 milliards € de pertes en 2024

Selon l’Agence européenne pour l’environnement, les événements climatiques extrêmes ont coûté 40 Md€ à l’UE rien que pour 2024, avec une accélération marquée depuis quatre ans.


L’économie locale et nationale encaisse des chocs invisibles mais lourds

Les dégâts climatiques ne sont pas seulement matériels. Ils érodent la croissance, grignotent les marges des entreprises et altèrent la compétitivité des territoires.


Des estimations solides : -1,4 % de valeur ajoutée locale

Les travaux de Usman, Parker et Vallat montrent un effet récessif immédiat des vagues de chaleur, sécheresses et inondations au niveau des départements européens, avec des pertes allant jusqu’à –1,4 % de valeur ajoutée pour certaines régions françaises en 2025.


Une agriculture fragilisée

Les rendements stagnent depuis les années 1990, et un tiers de cette chute de croissance serait directement lié au dérèglement climatique.

Une énergie sous tension

Le manque d’eau fragilise la production électrique et industrielle. L’effet domino est réel : un barrage qui turbine moins, ce sont des prix plus volatils pour tous.


Banques et assureurs ne parlent plus de risque… mais de pertes

Le plus frappant dans cette prise de parole du NGFS, c’est la bascule sémantique :On ne parle plus du risque climatique, mais des pertes climatiques.

Le climat n’est plus une menace abstraite ; c’est une ligne comptable en hausse continue.

Les banques centrales le voient déjà dans :

  • les bilans des assureurs,

  • la solvabilité des entreprises,

  • la vulnérabilité des collectivités,

  • la stabilité même du système financier.

Et les projections de court terme sont sans ambiguïté :

Un enchaînement d’événements extrêmes pourrait coûter plus de 7 % du PIB français dans les prochaines années.

La conclusion des superviseurs financiers : l’inaction coûtera beaucoup plus cher

C’est l’un des messages les plus importants de la COP30 :

Le coût de la transition est réel, mais il est dérisoire comparé au coût du dérèglement.

En d’autres termes :

  • Réduire les émissions coûte des milliards.

  • Ne rien faire coûtera des milliers de milliards.


Et cela commence par :

  • des modèles d’assurance devenus instables,

  • des entreprises de plus en plus exposées,

  • des infrastructures inadaptées,

  • des budgets publics absorbés par les réparations.


Les banques centrales ne sont pas là pour faire de la morale climatique. Elles observent, calculent, comparent. Et toutes arrivent au même diagnostic :la transition n’est pas un coût, c’est une économie.


Pourquoi cet avertissement doit résonner dans les politiques publiques et le monde de la santé

Les secteurs de la santé, des infrastructures, de l’agriculture, de l’énergie sont tous exposés. L’inaction, ici, n’est pas neutre : elle pèse directement sur les dépenses publiques, sur le coût de l’assurance, sur la continuité des services essentiels.

Pour les acteurs de la RSE, la perspective est claire :

  • la décarbonation est une assurance,

  • l’adaptation est un amortisseur,

  • l’éco-conception est une stratégie de survie budgétaire.

La prévention climatique, c’est de la santé publique.La transition écologique, c’est de la prévention économique.


Conclusion : les climatosceptiques peuvent encore douter, les marchés, eux, ont déjà tranché

Le NGFS l’affirme :les catastrophes climatiques vont se multiplier, et leur coût va dépasser tout ce que les modèles avaient anticipé.

On peut débattre du rythme de la transition.On ne peut plus débattre du coût de l’inaction : il est déjà sur la table.

Et au fond, les superviseurs financiers nous rappellent une évidence presque philosophique :

L’avenir coûtera toujours plus cher si nous l’abîmons que si nous le préservons.

 
 
 

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