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Et si, pour 2027, nous commencions par rêver à 2050 ?

oliviertoma
2 sept.
4 min de lecture

Il y a quelques jours, j’écrivais à propos de cette rentrée : « Nous sommes prêts. Nos crayons sont taillés. » :


Alors écrivons.

Car les dix mois qui s’ouvrent devant nous ne devraient pas seulement servir à préparer une élection présidentielle. Ils devraient nous permettre de nous demander, collectivement, dans quel pays nous voulons vivre demain.

Pas en 2027.

En 2050.


Tout ce que l’humanité a réalisé de grand a d’abord existé dans l’imagination de quelques-uns. Avant de construire, il faut être capable de dessiner. Avant de transformer, il faut être capable de rêver.

Et peut-être avons-nous précisément cessé de rêver ensemble.

Nous débattons beaucoup. Nous nous opposons énormément. Nous commentons sans fin. Chaque sujet semble devoir désigner un responsable, un coupable, un camp.


Le public contre le privé.Les actifs contre les retraités.Les métropoles contre les territoires ruraux.Les entrepreneurs contre l’administration.Les générations entre elles.Les Français selon leurs origines, leurs convictions ou leurs modes de vie.


Cette mécanique de fragmentation est devenue épuisante.

Et surtout, elle ne construit rien.

Il ne faudrait pas que la présidentielle de 2027 soit seulement une nouvelle bataille pour savoir qui gouvernera la France pendant cinq ans. Il faudrait qu’elle devienne l’occasion de savoir où nous voulons aller pendant les vingt-cinq prochaines années.


Pour cela, exigeons trois choses de celles et ceux qui aspireront à nous gouverner.

D’abord, une vision.

Une vraie.

Pas une addition de mesures destinées à satisfaire successivement chaque catégorie de la population. Pas seulement un programme pour 2027-2032.

Racontez-nous la France de 2050.

Quelle santé ? Quelle éducation ? Quelle industrie ? Quelle agriculture ? Quelle culture ? Quelle énergie ? Quels territoires ? Quelle place pour l’entreprise ? Quelle protection sociale ? Quel rapport au vivant ?

Et surtout : quel projet commun ?


Ensuite, écoutez-nous.

Depuis trop longtemps, beaucoup de citoyens, d’entrepreneurs, de soignants, d’associations, d’élus locaux et probablement aussi de fonctionnaires ont le sentiment que les décisions sont élaborées trop loin de celles et ceux qui devront les appliquer.

Je dirige une PME depuis des années. Je connais l’énergie extraordinaire que peuvent déployer les entreprises et leurs salariés. Je connais aussi le découragement que produit une norme lorsqu’elle semble davantage pensée pour contrôler que pour permettre d’agir.

Il ne s’agit pas d’opposer les entrepreneurs aux fonctionnaires. Ce serait absurde.

Il faut au contraire libérer les uns et les autres d'un système devenu parfois si complexe qu’il finit par épuiser ceux qui entreprennent autant que ceux qui administrent.

Changeons donc de méthode.


Passons d’une administration qui prescrit à une puissance publique qui fixe un cap, protège, facilite, évalue et fait confiance.

Et faisons réellement entrer les citoyens et les acteurs de terrain dans la fabrique des décisions.

Les conventions citoyennes ont montré l’intérêt de cette intelligence collective. Mais la participation ne peut pas devenir un exercice institutionnel sans lendemain. Consulter crée une responsabilité : celle de dire ensuite ce qui sera retenu, ce qui ne le sera pas, pourquoi, et surtout ce qui sera réellement mis en œuvre.


Enfin, donnons-nous les moyens d'agir.

Une ambition sans moyens, sans calendrier, sans responsables et sans mesure des résultats n’est pas une politique publique.

C’est une promesse.

Et nous avons probablement consommé notre quota de promesses pour quelques décennies.

Il reste alors une question essentielle : autour de quoi construire cette vision de long terme ?

Je propose un principe simple : la santé globale.


La santé humaine, bien sûr.

Mais aussi celle de notre alimentation, de notre air, de notre eau, de nos sols, de nos écosystèmes, de nos conditions de travail, de nos villes et de nos territoires.

Parce qu'au fond, toutes ces santés n'en forment qu'une.

Et j’aimerais, à ce titre, que nous sortions enfin d’une expression devenue terriblement réductrice : « les écolos ».

Comme si prendre soin de l’eau, du climat, de la biodiversité, de notre alimentation ou de la qualité de l’air constituait l’idéologie particulière d’une catégorie de Français.

L’écologie politique appartient légitimement aux partis qui choisissent de la porter.

Mais l’environnement, lui, n’appartient à aucun parti.

Pas plus que la santé.


Respirer un air sain n’est ni de droite ni de gauche. Préserver une ressource en eau potable n’est pas une doctrine politique. Réduire l’exposition de nos enfants aux substances dangereuses n’est pas une lubie militante.

Ce sont des conditions de notre santé, de notre prospérité et de notre capacité à transmettre un monde habitable.

J’aimerais donc que toutes les sensibilités politiques s’emparent enfin pleinement de ces questions.

Non pas pour devenir « écologistes ».

Pour gouverner le réel.


Voilà peut-être ce que j’aimerais entendre pendant les dix prochains mois.

Moins de guerres de mots.

Moins de catégories que l’on oppose les unes aux autres.

Moins de solutions miraculeuses.

Et davantage de vision, d’écoute, de coopération et de courage.

Je crois profondément que les Français peuvent accepter des transformations importantes, et parfois des efforts importants, à une condition : comprendre où nous allons, pourquoi nous y allons et avoir la conviction que l’effort est justement partagé.

Alors rêvons.


Rêvons d’une France qui aurait décidé de faire de la santé globale le fil conducteur de ses politiques publiques jusqu’en 2050.

Rêvons d’une administration qui aide davantage à réussir qu’elle ne cherche à empêcher d’échouer.

Rêvons d’entreprises considérées comme des partenaires de la transformation.

Rêvons de citoyens que l’on ne consulte pas seulement pour recueillir leur opinion, mais avec lesquels on construit.

Rêvons d’une société où la culture, l’éducation, la santé, l’économie et l’environnement cesseraient d’être des politiques séparées pour devenir les différentes dimensions d’un même projet.

Cela paraît peut-être idéaliste.

Tant mieux.

Tout ce que l’humanité a construit de grand a, un jour, été rêvé.

Nos crayons sont taillés.

Aux femmes et aux hommes qui prétendront conduire notre pays de nous proposer maintenant une page suffisamment grande pour que nous ayons envie de l’écrire avec eux.

 
 
 

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