Faillite hydrique mondiale : pourquoi les entreprises, les acteurs de santé et les décideurs doivent réagir dès aujourd’hui
- oliviertoma
- 22 janv.
- 3 min de lecture

Présentation des auteurs et du rapport
Un nouveau rapport phare, publié le 20 janvier 2026 par l’United Nations University Institute for Water, Environment and Health (UNU-INWEH), a été dirigé par Kaveh Madani, Directeur de l’institut et expert mondialement reconnu des eaux, de l’environnement et des politiques de gestion hydrique. L’UNU-INWEH est souvent qualifiée de think tank de l’ONU sur l’eau, produisant des analyses scientifiques et des recommandations stratégiques pour gouvernements et acteurs globaux.
L’étude est appuyée par une publication scientifique dans Water Resources Management, qui propose une définition formelle du concept de « faillite hydrique » comme nouvelle réalité post-crise, dépassant les notions classiques de « stress » ou de « crise » hydrique.
Résumé des messages clés du rapport
Le rapport documente une tournure radicale du défi mondial de l’eau :
Nous vivons désormais dans une « ère de faillite hydrique mondiale » : les prélèvements et la pollution ont dépassé de façon persistante les apports renouvelables, rendant beaucoup de systèmes d’eau irréversiblement endommagés (aquifères, rivières, lacs, sols, zones humides).
Ce n’est plus une question de « crise » temporaire : les baselines historiques de nombreux bassins sont au-delà de toute restauration réaliste.
Le rapport propose une refonte du paradigme de gestion de l’eau, passant de la réaction aux urgences à une gestion structurelle de l’insolvabilité hydrique.
Données marquantes
Ces chiffres sont utiles pour illustrer l’ampleur du défi dans une perspective RSE et santé environnementale
:
Indicateur global | Donnée clé |
Population dans pays en situation d’insécurité hydrique | ~75 % de la population mondiale |
Personnes en rareté sévère d’eau (≥ 1 mois/an) | ~4 milliards |
Bassins ou zones agricoles avec stockage d’eau en déclin | ~3 milliards |
Surface en terres irriguées sous pression hydrique élevée | ~170 millions d’hectares |
Superficie de zones humides disparues sur 50 ans | ~410 millions d’ha (≈ UE entière) |
Aquifères majeurs en déclin permanent | ~70 % |
Population vivant sur sols affaissés (subsidence) | ~2 milliards |
Manque d’accès à eau potable gérée | ~2,2 milliards |
Manque d’assainissement sûr | ~3,5 milliards |
Coût annuel des sécheresses | ~307 milliards $ |
Valeur des services écosystémiques des zones humides perdues | ~5,1 000 milliards $ |
(Ces chiffres donnent une dimension systémique du « capital eau », aujourd’hui exploité au-delà de sa capacité naturelle.)
Ce que cela signifie pour la RSE et la santé environnementale dans le secteur de la santé
Pour un dirigeant RSE, un responsable sanitaire ou un acteur du secteur médical, ce rapport :
🔹 Redéfinit l’eau comme un capital invisible, structurant non seulement les chaînes de production mais aussi les déterminants de la santé (qualité de l’eau, disponibilité pour soins, hygiène, prévention des maladies hydriques).
🔹 Lie frontières environnementales et santé publique : pénurie et pollution favorisent les risques sanitaires, l’émergence de maladies, les perturbations des services hospitaliers et des chaînes logistiques.
🔹 Met en lumière la nécessité d’intégrer la gestion des ressources hydriques dans toutes les stratégies RSE, de la gouvernance au pilotage d’impact, sur un pied d’égalité avec le climat ou la biodiversité.
En clair : on ne peut plus gérer l’eau comme un « service accessoire » ou une externalité , c’est un enjeu central de résilience organisationnelle et sociale.
Un appel aux entreprises et administrations : s’approprier le sujet maintenant
Ce rapport n’est pas une prédiction lointaine : il indique qu’une grande partie de notre planète fonctionne désormais dans un nouveau système hydrologique dégradé. Cela appelle à :
➡️ Intégrer la gouvernance de l’eau dans les plans RSE, avec des indicateurs mesurables (SDG 6, TCFD Eau, etc.).
➡️ Repenser les modèles de production et de soins pour réduire l’empreinte hydrique, optimiser l’utilisation, recycler et réutiliser l’eau dans les établissements.
➡️ Explorer les co-bénéfices santé-environnement (ex. qualité de l’eau des villes, réduction des contaminants chimiques et microbiologiques, sécurité des circuits d’eau hospitaliers).
➡️ Faire de la gestion durable de l’eau un levier d’innovation, de coopération multisectorielle et de transformation des chaînes de valeur.
Conclusion
L’eau est plus qu’une ressource : elle est un biomarqueur de la santé planétaire et organisationnelle. Le rapport de l’UNU-INWEH nous dit que le monde a dépassé une ligne rouge,
mais c’est surtout un signal d’opportunité stratégique pour réinventer nos systèmes, du soin à l’industrie, dans un cadre de responsabilité collective.
➡️ Aucune entreprise, administration ou établissement de santé ne peut ignorer l’eau comme un levier de performance durable, son abondance future dépend de ce que nous décidons aujourd’hui.



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