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France, +4 °C en 2100 : accepter ce qui devait être évité, ou réinventer l’avenir ?

  • oliviertoma
  • 29 janv.
  • 4 min de lecture

Le décret public (23 janvier 2026) et l’arrêté qui l’accompagne fixent désormais officiellement la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC) dans notre droit. Cette trajectoire ne formule pas un objectif à atteindre , elle intègre juridiquement une hypothèse de réchauffement servant de base à toutes les politiques d’adaptation publique et privée.


Ce qui frappe : pour la France métropolitaine, cette trajectoire retient , si rien ne change fondamentalement dans les émissions mondiales et nationales , un réchauffement moyen de :

  • +2 °C d’ici 2030

  • +2,7 °C d’ici 2050

  • +4 °C d’ici 2100

par rapport à l’ère préindustrielle.

Ce n’est pas un objectif de politiques publiques. C’est une hypothèse projetée intégrée dans un cadre juridique national.


Un constat dur : on enterre l’objectif de l’Accord de Paris ?

Sur le plan scientifique et politique, l’Accord de Paris avait engagé la France et le monde à limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C, avec un effort vers 1,5 °C d’ici la fin du siècle. Or :

  • la TRACC se base sur des scénarios scientifiques du GIEC qui projettent le monde à +3 °C d’ici 2100, ce qui correspond à +4 °C en moyenne pour la France métropolitaine à cause du réchauffement amplifié de nos latitudes.

  • cette trajectoire a désormais une existence réglementaire via un décret et un arrêté intégrés dans le droit national.

Autrement dit : en droit, la France anticipe un futur climatique qu’elle ne s’est toujours pas organisée à éviter. C’est un échec structurel des trajectoires d’atténuation depuis les lois Grenelle jusqu’à la COP21, un système qui n’a pas transformé notre économie assez vite pour éviter d’entrer dans un scénario de perte nette.

Ce constat n’est pas une fatalité, mais un appel d’urgence à se réinventer, individuellement et collectivement.


Pourquoi ce choix est-il pertinent et dangereux ?

Un outil d’adaptation cohérent

Le gouvernement a choisi cette trajectoire parce que :

  • elle offre un cadre commun pour calibrer les politiques d’adaptation (risques, normes, normes techniques et planification territoriale).

  • elle sert de base au 3ᵉ Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3), publié en 2025, qui regroupe des mesures sectorielles pour préparer la France à ce scénario.

C’est une démarche pragmatique : mieux vaut un scénario réaliste pour l’adaptation que des utopies qui paralysent l’action.


Un signal politique faible

Mais il est aussi logique d'interroger :

  • Pourquoi aucune trajectoire d’atténuation ambitieuse n’est juridiquement intégrée ?

  • Pourquoi ne sanctionnons-nous pas les acteurs publics ou privés qui échouent à réduire leurs émissions ?

  • Pourquoi valorisons-nous davantage un scénario de réchauffement que des objectifs de réduction contraignants ?

Le texte ne prévoit pas d’incitations fortes, ni de mesures punitives pour ceux qui ne font pas de progrès. Dans un contexte où certaines entreprises ont déjà engagé des transitions structurées via des plans climat-RSE ambitieux, on ne voit ni mise en lumière, ni véritable récompense ni sanction systémique.

C’est une contradiction majeure entre la réalité réglementaire de l’adaptation et la responsabilité environnementale que nous nous donnons collectivement.


Les secteurs clés déjà en zone rouge (et ce qu’il faut repenser)

Un réchauffement de +4 °C en France ne restera pas théorique :

  • Santé publique : augmentation des canicules, maladies vectorielles, besoins en climatisation dans les hôpitaux, risques accrus pour les populations vulnérables.

  • Agriculture : stress hydrique, modifications des cycles de culture, baisse des rendements, spéculation sur l’eau.

  • Bâtiments et infrastructures : confort d’été obligatoire, gestion de l’eau, isolation adaptée, risque d'inondations et d’incendies.

  • Approvisionnement en eau : compétitions d’usage, conflits d’intérêt entre usages agricoles, urbains et industriels.

  • Santé / dépendance démographique : une population vieillissante (+85 ans) nécessitera davantage de soins adaptés aux vagues de chaleur, à l’insécurité alimentaire et aux risques sanitaires.

C’est une révolution des usages et des métiers, pas seulement une adaptation technique.


Et la biodiversité, les zoonoses, les pandémies ?

Voici un point souvent sous-estimé dans les politiques RSE publiques : la crise climatique et la destruction des habitats naturels intensifient la migration des animaux sauvages vers les zones urbaines, favorisant les contacts inter-espèces et les risques de zoonoses.

Destruction annuelle de plus de 15 millions d’hectares de forêt (mondialement) signifie :

  • plus d’espèces en contact direct avec les humains,

  • des écosystèmes fragilisés,

  • et une probabilité accrue d’émergence d’épidémies puis de pandémies, comme l’histoire récente le rappelle.

Ce n’est pas une fiction catastrophiste : c’est un risque systémique lié à la fois aux pratiques de consommation mondiales et au changement climatique ,deux sujets RSE incontournables qui convergent.


Appel à prise de conscience collective et actions concrètes

Plutôt que de perdre du temps à regretter des trajectoires que nous n’avons pas su empêcher, il est temps de :


→ Repenser nos modèles collectifs

  • Valoriser juridiquement et socialement les acteurs qui réduisent réellement leurs émissions (score carbone transparent, fiscalité favorable, labels exigents).

  • Sanctionner ceux qui se contentent de rapports RSE cosmétique.


→ Intégrer la santé au cœur de la stratégie RSE

  • Adaptation des établissements de santé aux extrêmes climatiques.

  • Préparation des services d’urgence à des scénarios de crise sanitaire multipliés.

  • Approvisionnement en eau résilient.


→ Relier l’art et la culture à la transformation climatique

L’art peut rendre tangible l’invisible ; la trajectoire climatico-émotive de nos sociétés. Utiliser l’art et la culture pour mobiliser l’intelligence collective, faire « voir » les trajectoires futures, et incarner les alternatives disruptives.


→ Faire de l’agilité et de l’innovation des normes

Les organisations doivent se doter de cultures d’innovation continue, plutôt que de plans quinquennaux figés, pour répondre à un climat en mutation rapide.


Conclusion : Adapter, mais aussi redéfinir notre futur

La TRACC n’est pas une fin en soi. Elle est un outil - utile - pour orienter les politiques d’adaptation. Mais elle ne doit pas devenir une toile de fond normalisée qui nous fait abandonner toute ambition de transition profonde.

Accepter une trajectoire de +4 °C sans en faire une urgence démocratique et culturelle serait, à moyen terme, cuisamment coûteux pour nos enfants, nos économies, notre santé et notre démocratie.

Nous n’avons pas le choix : c’est une réinvention systémique que nous devons engager , avec détermination, humilité, créativité (oui, l’art ici est un levier stratégique), et responsabilité collective.

 
 
 

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