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« L’élection sans candidat »,la reconnaissance plutôt que l’ambition personnelle, nouvelle utopie ou nécessité ?

  • oliviertoma
  • 27 nov. 2025
  • 4 min de lecture

Dans la dynamique des « élections sans candidat » , chacun propose la personne qu’il estime la plus adaptée à un rôle. Les arguments sont factuels, liés au besoin du collectif, et débattus ouvertement. Une synthèse est faite, puis un consentement formalisé.

Cela change tout :

  • La compétence prime sur le charisme,

  • La confiance prime sur la compétition,

  • La reconnaissance prime sur l’autopromotion.

La personne choisie ne peut être « élue » qu’avec son accord. Rien n’est imposé, rien n’est forcé.

C’est un mécanisme de motivation intrinsèque : être choisi par ses pairs est souvent une source de fierté et d’engagement bien plus puissante qu’une nomination hiérarchique.

 

Des pratiques déjà bien ancrées dans certaines organisations

Cette méthode ne relève pas de l’expérimentation marginale. Plusieurs organisations en France et en Europe s’y sont essayées, souvent avec succès :

  • Codesign-it! a réalisé les élections de son bureau sans candidats, en argumentant collectivement chaque choix.

  • Etamine, bureau d’études spécialisé dans le bâtiment durable, désigne plusieurs de ses rôles via ce processus sociocratique.

  • Primum Non Nocere dans le cadre de sa dynamique de gouvernance partagée , pour choisir son représentant du comité de mission et son référent RSE

Dans ces contextes, les retours sont constants : plus de cohésion, moins de jeux politiques, moins de compétition destructrice, davantage de légitimité.

Et surtout : une gouvernance qui reflète réellement les valeurs affichées (responsabilité, transparence, participation…).


Quand la politique s’en inspire : Islande, Suisse, Allemagne

L’élection sans candidat n’est pas qu’une affaire d’entreprise. Des pays ont développé des mécanismes voisins.

En Islande : la démocratie “low ego”

Après la crise de 2008, l’Islande a initié une réécriture de sa Constitution via une assemblée de 950 citoyens tirés au sort.À l’intérieur de cette assemblée, les rôles ont souvent été attribués sans candidature, par reconnaissance mutuelle et discussion collective.

Cette culture du “moins d’ego, plus de collectif” explique la fascination internationale pour le modèle démocratique islandais.

En Suisse : des élections locales sans candidats officiels

Dans de nombreuses communes, les citoyens peuvent inscrire n’importe quel nom sur le bulletin.Il n’y a pas de campagne, pas de profession de foi, pas de candidats déclarés.La personne élue est contactée a posteriori… et peut accepter ou refuser.

Une forme politique de « reconnaissance collective », très proche de l’esprit de l’élection sans candidat.

En Allemagne : les maires “inattendus”

Dans certains villages ruraux, on élit le maire par inscription libre.Résultat : on voit des citoyens devenir élus sans jamais s’être présentés, parce que la communauté les estime légitimes.

 

Et la France ? Oui : la dynamique citoyenne existe déjà

La France n’a pas encore d’élection politique sans candidat, mais elle a créé des processus puissants de reconnaissance collective, notamment via les conventions citoyennes.

La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) – 2019–2020

150 citoyens tirés au sort ont produit 149 propositions structurantes pour la transition.Au sein de cette assemblée, les rôles (présidence, rapporteurs, animateurs de groupe) ont été attribués par reconnaissance collective, sans logique de candidature individuelle ou de compétition.


Cette démarche a inspiré :

  • La Convention Étudiante pour le Climat,

  • Les conventions locales (Rennes, Clermont-Ferrand, Grand Est),

  • Et les projets actuels de démocratie délibérative sur la santé, l’énergie ou la transition agricole.


La Convention Citoyenne sur la Fin de Vie (2022–2023)

Même principe : les rôles internes se répartissent par discussion collective, en fonction des compétences et de la légitimité perçue par le groupe.


Les budgets participatifs municipaux

Dans certaines villes, la présidence des comités citoyens est attribuée sans candidature, par reconnaissance du groupe.

La France avance donc, pas à pas, vers des mécanismes où la légitimité ne repose plus sur l’ambition individuelle, mais sur la reconnaissance collective.

 

Pourquoi ce modèle est précieux pour les organisations ?

Parce qu’il répond à trois besoins majeurs de notre époque :

Restaurer la confiance

Lorsque les collaborateurs voient comment les rôles sont attribués, la suspicion disparaît : tout est ouvert, argumenté, consenti.

Favoriser l’équité

Les personnes discrètes mais compétentes accèdent enfin à des responsabilités que le système classique ne leur aurait jamais accordées.

Renforcer l’engagement

Être élu par ses pairs est l’un des plus puissants leviers de motivation en organisation.

 

Attention : une démarche qui se structure, qui se forme, qui s’accompagne

L’élection sans candidat ne s’improvise pas.Pour réussir, il faut :

  • un cadre clair,

  • un rôle bien défini,

  • une facilitation neutre,

  • un temps de débrief,

  • le consentement explicite de la personne élue.

Mais une fois en place, le modèle crée une dynamique vertueuse, basée sur la confiance, la reconnaissance, l’équité et la transparence.


Une démocratie quotidienne à portée de toutes les organisations

Loin d’être un gadget, l’élection sans candidat traduit une idée simple :le leadership n’est pas un concours de visibilité, mais une responsabilité reconnue par le groupe.

C’est une manière d’incarner, enfin, ce que beaucoup d’entreprises affichent dans leurs chartes RSE et leurs raisons d’être : coopération, responsabilité, équité, droit à la parole… et respect des talents réels.

Une invitation à oser.À tester.À faire confiance au collectif.

Et à rappeler qu’un leader choisi pour ce qu’il apporte, et non pour ce qu’il promet, a toujours une longueur d’avance.

 

 
 
 

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