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La culture, quatrième pilier du développement durable

oliviertoma
5 août
4 min de lecture

Et si le meilleur levier de transformation de votre entreprise n'était ni technique, ni financier ?

 

On croit toujours que la transition bute sur un problème technique. Dans les faits, la plupart des entreprises ont déjà le diagnostic, le plan et le chiffrage. Ce qui manque, ce n'est pas la solution. C'est l'envie de la mettre en œuvre.


Or l'envie ne se décrète pas dans un tableur. Elle se fabrique avec du récit, des images, des émotions partagées. Autrement dit, avec de la culture. C'est précisément ce que dit une idée qui progresse depuis quinze ans dans les instances internationales, et dont peu de dirigeants ont entendu parler.


Trois piliers ne suffisent plus

Depuis le rapport Brundtland de 1987 et le Sommet de la Terre de Rio en 1992, le développement durable repose officiellement sur trois piliers : l'économie, le social et l'environnement. Un triangle devenu si familier qu'on ne l'interroge plus.

Pourtant, une idée simple s'est imposée peu à peu : il manque quelque chose. Car la culture façonne ce que nous entendons par « développement » et détermine la manière dont les gens agissent au quotidien. Un plan de sobriété techniquement irréprochable échoue si les équipes le vivent comme une punition. Une politique RSE se réduit à de la conformité si personne n'y voit du sens. Le blocage n'est ni technique ni financier. Il est culturel.


Une conviction largement partagée

Ce n'est pas une intuition isolée. C'est une conviction qui s'est construite pas à pas, portée par des acteurs très différents.

•     En novembre 2010, réunies à Mexico, les villes du monde adoptent une déclaration commune faisant de la culture le quatrième pilier du développement durable, aux côtés de la croissance économique, de l'inclusion sociale et de l'équilibre environnemental.

•     En 2013, l'UNESCO adopte la Déclaration de Hangzhou, dont le titre dit tout : « Mettre la culture au cœur des politiques de développement durable ».

•  En 2015, la culture entre pour la première fois dans l'agenda mondial du développement durable. Elle irrigue une majorité des dix-sept Objectifs de développement durable des Nations unies.

•     En 2022, cent cinquante États réunis par l'UNESCO affirment unanimement la culture comme bien public mondial et demandent qu'elle devienne un objectif à part entière.

Quinze ans de convergence, du maire d'une ville moyenne jusqu'aux Nations unies. L'idée n'est plus marginale. Elle attend simplement que les entreprises s'en emparent.


La preuve la plus solide vient de l'hôpital

Si « l'art fait du bien » vous semble relever de la conviction sympathique, regardez du côté de la santé, où l'on n'avance rien sans preuves.

En 2019, le Bureau européen de l'Organisation mondiale de la santé a publié une synthèse sans équivalent : plus de 900 publications analysées, portant sur les résultats de plus de 3 000 études. La conclusion est nette. Les arts jouent un rôle réel dans la prévention, la prise en charge et le traitement des maladies, du stade gestatif jusqu'à la fin de vie. Musique et création limitent certains effets secondaires des traitements anticancéreux. Aux urgences, les interventions artistiques font baisser l'anxiété, la douleur et la tension artérielle, en particulier chez les enfants et leurs parents. La danse améliore les scores moteurs dans la maladie de Parkinson.


La France n'a d'ailleurs pas attendu ce rapport. La politique Culture et Santé existe depuis 1999, portée conjointement par les ministères de la Culture et de la Santé, et déclinée en région par les agences régionales de santé et les directions régionales des affaires culturelles. En Hauts-de-France, la convention 2025-2030 mobilise 150 000 euros par an de chaque côté, pour financer des résidences d'artistes et des interventions culturelles dans les établissements de soin.

Un point mérite l'attention des dirigeants : ces dispositifs bénéficient aux patients et aux soignants. Faire entrer un artiste dans un lieu de travail, ce n'est pas seulement embellir. C'est agir sur la fatigue, sur les relations, sur le rapport au métier.


Et concrètement, dans une entreprise ?

Des chercheurs britanniques ont comparé trois types de bureaux : dépouillé, enrichi d'œuvres et de plantes, et enfin décoré par les salariés eux-mêmes. Les gains de performance grimpent à chaque étape, et le plus fort se trouve dans la troisième configuration.


La leçon est là, et elle est contre-intuitive : ce qui compte n'est pas l'œuvre, c'est la décision laissée aux équipes. Un tableau choisi en comité de direction et accroché dans le hall, c'est de la décoration. Une œuvre choisie, discutée, contestée par les salariés, c'est de la culture. La première coûte de l'argent. La seconde produit de l'appartenance. Beaucoup d'entreprises achètent une œuvre là où il faudrait créer une pratique.


Quatre portes d'entrée, de la plus simple à la plus engageante :

•     Le mécénat culturel, qui ouvre droit à une réduction d'impôt de 60 % du don, dans des plafonds définis par le code général des impôts.

•     L'achat d'œuvres d'artistes vivants, déductible sur cinq ans en contrepartie d'une exposition accessible au public ou aux salariés.

•     La résidence d'artiste, qui fait entrer dans l'entreprise quelqu'un dont le métier est de regarder autrement. Le format le plus puissant, et le plus inconfortable.

•     Le mécénat de compétences, où le salarié qui donne du temps à une structure culturelle revient avec un autre regard sur son propre métier.


Et ce n'est plus réservé aux grands groupes : en 2023, près de 172 000 entreprises françaises ont déclaré des dons, dont 97 % de TPE et de PME, agissant très majoritairement à l'échelle de leur territoire.


Ce qu'il faut retenir

Les villes l'ont écrit. L'UNESCO le porte. Les agences régionales de santé le financent. Il ne manque plus grand monde à la table.

Il manque les entreprises. Et le ticket d'entrée est dérisoire au regard de ce que l'on dépense chaque année en séminaires dont il ne reste rien le mardi suivant. Faire entrer l'art dans l'entreprise, ce n'est pas ajouter une ligne au budget communication. C'est admettre que transformer une organisation passe autant par ce que les gens ressentent que par ce qu'on leur demande de faire.


Le quatrième pilier n'attend plus de reconnaissance. Il attend des maîtres d'ouvrage.

 
 
 

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