Laits infantiles: ON EN PARLE ?
- oliviertoma
- 4 févr.
- 3 min de lecture

Dix ans après, la transparence attend toujours
En 2017, nous avons décidé d’ouvrir un dossier que personne ne voulait vraiment regarder. Non par goût de la polémique, mais par simple cohérence avec un principe de santé publique élémentaire : lorsqu’un produit est destiné aux plus vulnérables, il doit être irréprochable, ou à défaut parfaitement transparent.
Cette année-là, au nom de l’association " Agir pour la santé des générations futures®" , nous avons lancé une alerte sur la composition de certains laits infantiles disponibles en maternité, en pharmacie et en grande distribution. Des analyses indépendantes mettaient en évidence la présence de traces de substances préoccupantes comme des phtalates, dont le DEHP, du benzène ou encore du dioxyde de titane. Aucun nom de marque n’était au cœur de la démarche. Le sujet n’était pas commercial. Il était sanitaire.
Très vite, le dossier a pris une ampleur institutionnelle. Courriers adressés au ministère de la Santé, à l’ANSES, à l’ANSM, à la DGCCRF. Échanges avec les laboratoires concernés. Sollicitations de nombreux députés. Contacts répétés avec la presse nationale et régionale. À l’époque déjà, tous les éléments étaient documentés, sourcés, archivés. Ils le sont toujours.
Ce que nous interrogions allait bien au-delà d’une simple analyse de contaminants. Nous parlions de la nature même de ces produits. De leur composition réelle. De leur mode de fabrication. De leurs contenants. Et surtout de la migration possible entre le contenant et le contenu, sujet encore trop souvent considéré comme secondaire alors qu’il est central en santé environnementale.
Car derrière l’expression « lait infantile », se cache une réalité rarement expliquée aux parents.
Dans la majorité des cas, il ne s’agit pas de lait au sens strict, mais de formulations industrielles reposant largement sur du lactosérum, un sous-produit de l’industrie fromagère. Ce choix n’est pas illégal. Il est économique, fonctionnel, industriel. Mais il mérite d’être clairement nommé, expliqué et assumé. Là encore, la question n’est pas d’interdire, mais d’informer.
À cette époque, malgré l’intérêt de plusieurs journalistes, malgré la solidité du dossier, l’alerte n’a jamais réellement émergé dans le débat public national. Les raisons étaient peu mystérieuses. Les filières concernées sont puissamment structurées. Les organisations professionnelles, comme l’alliance industrielle à laquelle est adossé le Syndicat Français des Aliments de l’Enfance, ont une capacité d’influence bien rodée. Le lobbying économique était à l’œuvre. Le lobbying citoyen, éthique, fondé sur l’intérêt général, beaucoup moins.
Pourtant, le sujet n’a jamais disparu. En septembre 2020, j’ai été auditionné à l’Assemblée nationale. J’y ai exposé, documents à l’appui, les mêmes constats, les mêmes interrogations, les mêmes propositions. Cette audition est publique, accessible, vérifiable. Elle montre que les alertes n’étaient ni approximatives ni isolées, mais inscrites dans une réflexion globale sur la protection des 1 000 premiers jours de la vie.
Près de dix ans plus tard, le constat est troublant. Les lignes ont peu bougé. La transparence reste partielle. Les parents continuent d’acheter des produits présentés comme sûrs, recommandés implicitement par le système de soins, sans disposer d’une information complète sur leur composition, leur chaîne de fabrication, leurs contenants, ni sur les contaminations potentielles à bas bruit.
Il serait tentant d’en faire un sujet anxiogène. Ce serait une erreur. La peur paralyse. Elle ne protège pas. Ce dossier appelle au contraire une mobilisation sereine, collective et adulte. Il ne s’agit pas d’opposer l’allaitement maternel et les substituts. Il s’agit de rappeler que, lorsque l’allaitement n’est pas possible, les alternatives doivent être pensées avec le même niveau d’exigence sanitaire, sociale et environnementale.
Des solutions existent. Elles sont connues. Renforcer massivement le soutien aux lactariums. Former davantage de professionnels à l’accompagnement de l’allaitement. Repenser les conditionnements pour limiter les plastiques et les migrations de substances. Mettre en place des obligations de transparence sur l’ensemble des composants, y compris à l’état de traces. Introduire une véritable autorisation de mise sur le marché spécifique à ces produits, avec des contrôles indépendants réguliers.
Ce combat n’est pas celui d’une structure, ni d’une personne. C’est celui d’une société qui accepte enfin de regarder ce qu’elle donne à ses enfants.
Agir pour la santé des générations futures, ce n’est pas dénoncer pour dénoncer. C’est poser calmement les faits, les documenter, les partager, et inviter chacun à prendre sa part de responsabilité. Les industriels, les pouvoirs publics, les professionnels de santé, les parents. Personne n’est à mettre au banc. Tout le monde est à mettre autour de la table.
Dix ans après, le dossier est toujours là. Les preuves aussi. Il ne manque qu’une chose : le courage collectif de transformer l’essai.



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