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Le "cercle de Giverny" , et si... la RSE entrait enfin dans le débat politique?

oliviertoma
3 oct.
3 min de lecture

Il existe des lieux où l’on commente le monde. Et d’autres où l’on essaie de dessiner celui qui vient.

Le Cercle de Giverny appartient plutôt à la seconde catégorie.


Son histoire est relativement récente. En septembre 2019, la première édition du Forum de Giverny réunissait près de 350 entrepreneurs, décideurs, scientifiques et experts autour d’une conviction encore loin d’être évidente à l’époque : la responsabilité sociétale des entreprises devait devenir un sujet stratégique. Le Cercle de Giverny sera lancé quelques mois plus tard comme laboratoire d’idées destiné à faire dialoguer entreprises, associations, ONG, chercheurs et institutions autour de la transformation écologique et sociale.


Depuis, la démarche a grandi. Le Cercle se définit aujourd’hui comme un laboratoire d’idées réunissant et accompagnant des décideurs engagés. Ses travaux sont placés sous le haut patronage du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Depuis 2024, il a rejoint le groupe Forward Global.


Mais son intérêt réside moins dans son organisation que dans sa méthode.

Chaque année, des groupes de travail réunissent des acteurs issus d'univers différents et aboutissent à trente propositions destinées à accélérer la transformation de notre économie. Le Cercle revendique d'ailleurs la volonté que certaines de ces idées puissent contribuer à la construction des textes législatifs et réglementaires français et européens.

L’édition 2026 mérite à ce titre que l’on s’y attarde.

Elle intervient dans un contexte particulier : quelques mois avant l’élection présidentielle française et au moment des négociations budgétaires françaises et européennes. Le message adressé aux responsables économiques et publics est clair : soutenabilité, souveraineté et sécurité ne devraient plus être pensées séparément.


C’est probablement là que la démarche devient intéressante.

Pendant des années, nous avons présenté la transition écologique essentiellement sous l’angle de la contrainte : réduire, interdire, compenser, réglementer, déclarer.

Le Cercle propose un autre récit : faire de la transition un instrument de souveraineté, de résilience, d’innovation et de création de valeur.


Les couvrent six grands territoires : villes et logements, énergie et numérique, santé mentale, infrastructures critiques, eau et parcours scientifiques.

Certaines propositions mériteraient presque, à elles seules, un débat national.

  • Créer un passeport d’habitabilité climatique des logements et des quartiers.

  • Faire de l’eau une véritable infrastructure de résilience urbaine.

  • Conditionner l’implantation des infrastructures numériques à leur approvisionnement énergétique bas carbone et à leur performance environnementale.

  • Créer un indicateur national de santé mentale au travail.

  • Intégrer véritablement la résilience dans la gestion des risques des organisations.

  • Reconnaître les écosystèmes comme des infrastructures de gestion de l’eau.

  • Évaluer les projets industriels au regard de la situation hydrologique du territoire sur lequel ils veulent s’implanter.

  • Et, dès l’école primaire, remettre l’expérimentation au cœur de l’enseignement scientifique.

Ces propositions sont intéressantes parce qu’elles cassent progressivement les frontières traditionnelles.


L’eau devient un sujet économique. La biodiversité devient une infrastructure. La santé mentale devient un sujet de management et de performance. Le climat devient une question immobilière et assurantielle. L’énergie devient indissociable du numérique. La culture scientifique devient une question de souveraineté.

Autrement dit, nous commençons enfin à raisonner en système.


Cette approche entre fortement en résonance avec la philosophie du KYOSEI que nous développons depuis plusieurs années : aucune organisation ne peut durablement prospérer dans un environnement humain, sanitaire, écologique ou territorial qui se dégrade.

Je ne prétends évidemment pas que le Cercle de Giverny s'inspire du KYOSEI. Je constate simplement que des chemins intellectuels différents commencent à converger vers une même idée : la performance de demain ne pourra plus être exclusivement financière. Elle sera économique, humaine, sanitaire, environnementale et territoriale.

Mais je formulerais aussi une réserve.

Trente propositions supplémentaires ne changeront rien si elles rejoignent les milliers de rapports déjà produits sur la transition.

Le véritable enjeu commence après leur publication.

Quelles propositions seront expérimentées ? Lesquelles seront mesurées ? Lesquelles deviendront des politiques publiques ? Lesquelles entreront dans les stratégies des entreprises ? Et lesquelles accepterons-nous d'abandonner lorsqu'elles ne fonctionnent pas ?

Nous avons probablement produit suffisamment de diagnostics.


Le temps est venu de transformer quelques idées fortes en démonstrateurs, puis les démonstrateurs efficaces en normes, en investissements et en politiques publiques.

À l’approche des prochaines grandes échéances nationales, j’aimerais donc que les responsables politiques de toutes sensibilités s’emparent de ce travail.

Pas nécessairement pour reprendre les trente propositions.

Mais pour y répondre.

Dire lesquelles ils souhaitent expérimenter, lesquelles ils souhaitent transformer, lesquelles ils écartent et pourquoi.

Car la RSE ne devrait plus être seulement une affaire de responsables RSE.

Lorsqu’elle parle d’eau, de santé, de logement, d’énergie, d’intelligence artificielle, de souveraineté, d’éducation et de résilience, elle parle tout simplement de notre projet de société.

Et c’est précisément pour cela que les travaux du Cercle de Giverny méritent aujourd’hui d’être lus, discutés… et surtout confrontés au réel.



 
 
 

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