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Les 1000 premiers jours : la politique de prévention la plus stratégique de notre temps

  • oliviertoma
  • 12 déc. 2025
  • 3 min de lecture


On parle souvent de transition écologique, de responsabilité sociétale des entreprises, de prévention en santé. On en parle beaucoup. On agit peu.Et pourtant, un texte récent, passé relativement inaperçu hors des cercles institutionnels, pourrait bien être l’une des politiques publiques les plus structurantes pour l’avenir sanitaire, social et économique du pays.


Le 8 décembre 2025, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et la Direction générale de la santé (DGS) ont publié une instruction relative à la déclinaison territoriale de la politique des 1000 premiers jours de l’enfant .Derrière ce titre administratif se cache une idée simple, presque dérangeante : tout commence avant même la naissance.


Là où tout se joue, bien avant l’école… et bien avant l’hôpital

Les 1000 premiers jours correspondent à la période qui va de la conception aux deux ans de l’enfant.C’est une fenêtre biologique, psychologique et sociale unique, durant laquelle se structurent :

  • le développement cérébral,

  • le système immunitaire,

  • la santé métabolique,

  • les capacités émotionnelles et relationnelles,

  • et, plus largement, les trajectoires de santé tout au long de la vie.

Ce que rappelle ce texte, c’est que les déterminants de santé ne sont pas seulement médicaux. Ils sont environnementaux, sociaux, culturels, familiaux.Air, alimentation, stress, écrans, conditions de logement, précarité, qualité du lien parental : tout compte. Et tout laisse une empreinte durable.

Autrement dit : la prévention ne commence pas à 40 ans avec un dépistage, elle commence à la naissance et même avant.


Une politique de santé environnementale enfin assumée

Ce qui frappe à la lecture de l’instruction, c’est la place accordée , parfois implicitement, parfois explicitement , à la santé environnementale.

L’un des trois axes prioritaires concerne par exemple la protection des enfants face aux écrans. Non pas par posture morale ou nostalgique, mais parce que les données scientifiques sont désormais solides : exposition précoce, technoférence parentale, impacts sur le développement cognitif et relationnel.


Mais le texte va plus loin. Il intègre :

  • la prévention des expositions environnementales,

  • l’alimentation et l’allaitement,

  • la santé mentale parentale,

  • la réduction des inégalités sociales de santé,

  • l’éveil à la nature, à la culture, au mouvement.

On ne parle plus ici d’écologie abstraite, mais de facteurs concrets qui modèlent le vivant.La santé environnementale cesse d’être un sujet militant pour devenir un pilier de la santé publique.


Les Maisons des 1000 premiers jours : des laboratoires de prévention

Autre innovation majeure : le déploiement des Maisons des 1000 premiers jours.Ces lieux ne sont ni des structures médicales classiques, ni de simples espaces d’accueil. Ils se veulent à la fois :

  • lieux ressources pour les parents,

  • espaces de prévention et de soutien à la parentalité,

  • plateformes de coordination entre professionnels,

  • carrefours entre santé, social, culture et éducation.


Le référentiel national qui accompagne l’instruction est clair :prévention, inclusion, accessibilité, co-parentalité, éveil culturel et évaluation d’impact sont au cœur du dispositif.

Ces maisons incarnent une autre manière de faire de la politique publique : moins verticale, plus territoriale, plus transversale.Elles préfigurent ce que pourrait être une RSE territoriale appliquée à la santé.


Une gouvernance territoriale… et un grand absent : l’entreprise

Le texte insiste sur la mobilisation des ARS, des CAF, des collectivités, des PMI, des associations.Mais un acteur reste largement en dehors du champ : l’entreprise.

Et pourtant, comment parler :

  • de place des pères,

  • de santé mentale parentale,

  • d’articulation des temps de vie,

  • de prévention à long terme,

sans interroger le rôle du monde du travail ?


La réalité est simple : la santé des 1000 premiers jours se joue aussi dans les politiques RH, managériales et sociales des organisations.Congé paternité, flexibilité, charge mentale, culture managériale : tout cela influence directement le bien-être des familles… et donc le développement des enfants.

La RSE ne devrait pas commencer à l’embauche.Elle devrait commencer avant la naissance.


Prévenir aujourd’hui pour ne pas réparer demain

En filigrane, cette politique pose une question économique majeure :où investir intelligemment nos ressources collectives ?

Les coûts liés aux maladies chroniques, aux troubles du neurodéveloppement, à la santé mentale ou aux inégalités sociales explosent.Continuer à concentrer l’effort sur le curatif, sans investir massivement dans la prévention précoce, revient à colmater des brèches sans jamais réparer la source.

Les 1000 premiers jours proposent une autre trajectoire :moins visible politiquement, moins immédiate, mais infiniment plus durable.


Et maintenant ?

L’instruction fixe un calendrier clair pour 2026, des financements dédiés, des critères d’évaluation.Les outils sont là. Les cadres aussi.

La vraie question n’est plus faut-il agir ?

Mais qui osera pleinement s’emparer de cette politique, l’enrichir, la relier aux démarches RSE, à la santé environnementale, à l’éco-conception des parcours de santé ?

Car une chose est sûre :tout ce que nous ne protégeons pas durant les 1000 premiers jours, nous le paierons pendant les 80 années suivantes.


file:///Users/oliviertoma/Downloads/SFHA2529787J.pdf


 
 
 

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