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Les ingrédients invisibles de notre alimentation : quand la santé se joue loin de l’étiquette

  • oliviertoma
  • 12 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Nous passons beaucoup de temps à débattre de ce que nous mangeons. Trop gras, trop sucré, trop salé. Bio ou non. Local ou importé. De saison ou sous serre.Mais pendant que nous scrutons les étiquettes nutritionnelles, un autre menu s’invite dans nos assiettes, silencieux, discret, rarement questionné : celui des substances chimiques invisibles qui accompagnent notre alimentation, de la production agricole à la cuisson, de l’emballage au stockage.

C’est précisément ce que met en lumière le rapport Invisible Ingredients publié par SYSTEMIQ. Un travail de fond, rigoureux, international, qui pose une question simple et dérangeante : et si une part importante de nos maladies modernes venait non pas de ce que nous mangeons, mais de ce qui entoure, transforme et conditionne notre alimentation ?


Des substances omniprésentes, mais largement ignorées

Le rapport se concentre sur quatre grandes familles de substances aujourd’hui omniprésentes dans le système alimentaire mondial :


  • les phtalates,

  • les bisphénols,

  • les pesticides,

  • les PFAS, surnommés à juste titre les « polluants éternels ».

Ces substances ne sont pas anecdotiques. Elles se retrouvent dans les matériaux au contact des aliments, les emballages, les équipements de cuisine, les revêtements antiadhésifs, les textiles, les gants, mais aussi dans les pratiques agricoles intensives.

Leur point commun ? Elles sont fonctionnelles pour le système économique : elles rendent les produits plus stables, plus flexibles, plus résistants, plus rentables.Mais elles sont aussi biologiquement actives, capables d’interagir avec notre organisme à très faibles doses, souvent sur le long terme.


Des effets sanitaires désormais bien documentés

Le rapport ne s’appuie pas sur des intuitions ou des peurs diffuses. Il compile des décennies de littérature scientifique montrant des liens robustes entre ces expositions chimiques et de nombreux effets sanitaires :

  • troubles de la fertilité et de la reproduction,

  • cancers hormono-dépendants,

  • maladies endocriniennes et métaboliques (diabète, obésité),

  • pathologies cardiovasculaires,

  • troubles du neurodéveloppement chez l’enfant.

Autrement dit, des pathologies chroniques qui structurent aujourd’hui nos systèmes de santé, nos dépenses publiques, et la qualité de vie de millions de personnes.

Et pourtant, ces expositions restent largement invisibles dans les politiques alimentaires, les stratégies d’achats, les formations professionnelles et les discours de prévention.



Le chiffre qui change le regard : jusqu’à 3 000 milliards de dollars par an

SYSTEMIQ franchit un cap supplémentaire en tentant de chiffrer les coûts évitables liés à ces expositions chimiques.

Le résultat est saisissant :entre 1 400 et 2 200 milliards de dollars par an de coûts de santé estimés, auxquels s’ajoutent environ 600 milliards de dollars de dommages écologiques partiellement évalués.Soit jusqu’à 3 000 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale.

Le rapport insiste sur un point essentiel : ces chiffres sont prudents. Ils ne prennent pas en compte de nombreuses externalités, ni les effets combinés des substances, ni les impacts sociaux à long terme. Autrement dit, le coût réel est probablement supérieur.

Ce n’est donc pas un chiffre pour alarmer. C’est un chiffre pour gouverner.


La bonne nouvelle : les solutions existent déjà

Contrairement à d’autres crises systémiques, le rapport montre qu’ici, nous ne sommes pas face à une impasse technologique.

Une large part des coûts pourrait être évitée - jusqu’à 70 % selon les scénarios - grâce à :

  • des substitutions déjà disponibles,

  • des changements de pratiques,

  • des exigences claires dans les achats,

  • une meilleure transparence des chaînes d’approvisionnement,

  • et une montée en compétence des professionnels.

Le problème n’est pas l’absence de solutions.Le problème est l’absence de pilotage collectif.


Pourquoi les établissements de santé sont en première ligne

Les établissements de santé occupent une position particulière. Leur mission est de soigner, de prévenir, de ne pas nuire.Ils ne peuvent plus ignorer que l’alimentation et les matériaux qu’ils utilisent peuvent contribuer aux pathologies qu’ils prennent ensuite en charge.

Restaurations hospitalières, achats de consommables, équipements de cuisine, emballages, produits d’entretien : tout cela relève de choix organisationnels, contractuels, techniques.

Intégrer la réduction des substances préoccupantes dans les politiques d’achats n’est pas une option idéologique.C’est une cohérence sanitaire.


Hôtellerie-restauration : sortir de la logique de la praticité à tout prix

Dans la restauration, la pression du temps, des volumes et des coûts a favorisé des solutions pratiques mais souvent peu questionnées : jetables, plastiques, antiadhésifs, emballages multiples.

Le rapport invite à changer de paradigme :moins de superflu, des matériaux adaptés aux usages (chaleur, gras), une meilleure formation des équipes, et une lecture plus fine des fiches techniques fournisseurs.

Là encore, il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais de professionnaliser autrement.


Former autrement les professionnels de demain

Les écoles de santé, d’hôtellerie et de restauration jouent un rôle clé.Former un cuisinier, un soignant ou un acheteur sans lui donner les bases sur les substances au contact des aliments, c’est le priver d’un levier de prévention essentiel.

Comprendre les risques, savoir interroger un fournisseur, intégrer ces enjeux dans un cahier des charges : ce sont désormais des compétences professionnelles, au même titre que l’hygiène ou la sécurité.


Les centrales d’achats : le levier le plus puissant

S’il fallait retenir un message clé du rapport, c’est celui-ci : le pouvoir est concentré dans les décisions d’achats.

Les centrales de référencement et d’achats peuvent, en quelques années, transformer des filières entières en :

  • exigeant la transparence sur les substances,

  • favorisant les fournisseurs engagés,

  • organisant des trajectoires de substitution réalistes,

  • et en faisant évoluer les standards du marché.

Une centrale peut faire en un an ce qu’un établissement isolé met dix ans à obtenir.


Conclusion : le pouvoir est dans le cadie

Ce rapport nous oblige à sortir d’un débat moral ou anxiogène.La question n’est pas de savoir si « tout est toxique », mais où agir en priorité, avec méthode, intelligence et efficacité.

La transition alimentaire ne se joue pas uniquement dans les lois ou les discours.Elle se joue dans les choix quotidiens, répétés, banals.

Dans les cuisines.Dans les appels d’offres.Dans les référencements.Dans les formations.

Le pouvoir est dans le cadie.Et, plus encore, dans le cahier des charges.

 
 
 

1 commentaire


Pascal
04 févr.

2 images qui vont inspirer une prochaine enseigne vintage ou un vieux siege enfant... à voir.

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