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**Lobbying éthique – Épisode 2

  • oliviertoma
  • 6 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Quand onze géants réécrivent l’Europe en coulisses**

Le 3 décembre 2025, une enquête du centre de recherche néerlandais SOMO a mis en lumière ce que beaucoup soupçonnaient, mais que personne n’avait pu documenter jusqu’ici : une alliance discrète, puissante, transnationale, opérant dans l’ombre des institutions européennes pour affaiblir la législation phare du devoir de vigilance, la CS3D.

Ce qui frappe dans l’affaire n’est pas seulement la nature du lobbying exercé, mais son ampleur, sa coordination, et surtout son opacité.Un cas d’école.Un cas qui, paradoxalement, justifie encore davantage l’existence du lobbying éthique — le lobbying dédié au bien commun.


Une “roundtable” méconnue, mais extrêmement influente

SOMO révèle l’existence du “Competitiveness Roundtable”, un groupe de onze entreprises réunies autour d’un objectif précis : affaiblir plusieurs législations européennes liées à la durabilité, dont la directive CS3D qui impose aux grandes entreprises d’identifier, prévenir et réparer les atteintes aux droits humains, aux écosystèmes et au climat dans leurs chaînes de valeur.


Parmi les participants identifiés :

  • ExxonMobil

  • Chevron

  • TotalEnergies

  • Koch Industries

  • Honeywell

  • Baker Hughes

  • Dow Chemicals

  • Trafigura/Nyrstar

  • Enterprise Mobility

  • JPMorgan Chase

  • Et la société de conseil Teneo, coordinatrice du groupe


La majorité de ces entreprises appartiennent au secteur fossile ou à la chimie, secteurs directement concernés par les obligations de transition climatique prévues par la CS3D.Leur intérêt commun est donc clair : limiter, retarder, ou a minima diluer les contraintes qui pèsent sur leurs activités.

Selon SOMO, cette alliance a activement travaillé pour :


  • supprimer les obligations de plan de transition climatique,

  • réduire la portée des chaînes d’approvisionnement couvertes par la directive,

  • affaiblir le volet responsabilité civile,

  • et s’assurer que la future version “simplifiée” de la CS3D reste largement symbolique.


Une stratégie d’influence à plusieurs étages, des capitales européennes à Washington

L’enquête décrit des méthodes d’une précision quasi militaire.


  1. Créer une minorité de blocage au Conseil de l’UE

    • TotalEnergies aurait été chargée de renforcer les liens avec la France, la Belgique et le Danemark.

    • ExxonMobil aurait pris la main sur l’Allemagne, la Hongrie, la Tchéquie et la Roumanie.

  2. Affaiblir l’influence des directions jugées “trop exigeantes” à la CommissionNotamment les directions générales Just et Fisma, qui portent fortement la régulation durable.

  3. Obtenir une recomposition politique au ParlementObjectif : pousser le PPE à rompre avec les groupes centristes pour faire basculer les majorités.

  4. Mobiliser la pression extérieuredepuis les États-UnisExxonMobil et Chevron auraient œuvré pour faire de la CS3D un sujet majeur dans les discussions commerciales UE–USA, soutenant parallèlement les prises de position de la Chambre de Commerce américaine en faveur d’une exemption des entreprises non-européennes.

  5. Financer des think tanks pour orienter le débat publicSOMO cite notamment le financement du Teha Group, chargé de produire un rapport critiquant l’évaluation des coûts de la CS3D par la Commission.

L’ensemble constitue un mécanisme puissant, coordonné, assumé , mais totalement invisible du grand public.


Une transparence défaillante, un problème démocratique majeur

SOMO souligne que plusieurs réunions de lobbying n’apparaissent pas dans le registre de transparence européen, ou n’indiquent que la présence de Teneo, masquant les autres acteurs impliqués.

Les faits ne sont pas illégaux.Mais ils soulèvent une question simple et essentielle :comment garantir une décision publique éclairée lorsque les influences les plus fortes restent invisibles ?

C’est précisément ce vide démocratique que le lobbying éthique cherche à combler.


Pourquoi cet épisode confirme l’urgence d’un lobbying éthique

Ce cas emblématique dit beaucoup de choses :

  • que la transition écologique se joue autant dans les textes que dans les coulisses,

  • que les intérêts privés les mieux dotés disposent d’outils puissants pour peser sur les décisions collectives,

  • que les citoyens et les organisations œuvrant pour la santé, l’environnement et les droits humains n’ont aujourd’hui ni les moyens, ni les relais, ni les capacités de contrebalancer ces stratégies structurées.

Il ne suffit donc pas d’espérer que la transparence s’améliore d’elle-même.Il faut créer un contre-pouvoir éclairé, professionnel, méthodique, maîtrisant les codes du plaidoyer européen et capable de porter l’intérêt général avec la même rigueur que les entreprises défendent leurs intérêts particuliers.

C’est précisément ce que nous appelons :le lobbying éthique.


Notre conviction : un plaidoyer professionnel au service du bien commun est désormais vital

L’association Agir pour la Santé des Générations Futures, appuyée par les expertises techniques de Primum Non Nocere, porte cette vision :développer un lobbying structuré, documenté, scientifiquement fondé, transparent, capable de défendre :


  • la santé humaine,

  • la protection des enfants,

  • la qualité de l’air et de l’eau,

  • la réduction de l’exposition aux substances toxiques,

  • et la transition environnementale des secteurs économiques.


Sans contre-pouvoir, les modèles anciens gagneront toujours.Avec un lobbying éthique, transparent, exigeant, professionnel, la démocratie se renforce, l’Europe respire, et les générations futures peuvent espérer un avenir plus sain.

Ce second épisode en est la démonstration :lorsque des acteurs puissants réécrivent l’Europe en coulisses, l’intérêt général doit, lui aussi, apprendre à peser.



 
 
 

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