TOUT EST POSSIBLE !

Petit exercice d'été pour celles et ceux qui pensent que le monde ne peut plus changer.
Cet été n'est pas joyeux. La canicule cogne, les forêts brûlent, les images sont insoutenables et l'ambiance est franchement sombre. Beaucoup partent en congés avec le sentiment que la partie est jouée, que le décor est posé, que nous n'avons plus qu'à encaisser.
Alors je voudrais vous proposer autre chose. Pas une consolation. Un exercice de mémoire. Parce que si vous avez plus de quarante ans, vous portez en vous une preuve que presque personne ne mobilise jamais.
Vous avez vécu une bascule. Vous ne vous en souvenez plus, parce qu'elle est devenue évidente.
Une pièce d'un franc dans une cabine téléphonique
Quand j'étais enfant, la télévision était en noir et blanc. Nous rêvions, très sérieusement, de voir un jour le visage de notre correspondant dans le téléphone. C'était de la science-fiction, au même titre que les soucoupes volantes.
Pour appeler mes copains, j'allais à la cabine téléphonique avec des pièces d'un franc. Il fallait attendre son tour, glisser la monnaie, parler vite parce que le crédit descendait, et raccrocher avant la fin de la phrase.
Chez mes grands-parents, il n'y avait pas de douche. Pour me laver, je posais une palette sur le châssis des WC à la turque. Et une génération avant, nos grands-mères allaient au lavoir, à genoux, dans l'eau froide, avec du savon de Marseille et les mains gercées.
Ce n'est pas le Moyen Âge. Ce sont mes vacances d'enfant.
L'inimaginable est devenu banal
Regardons maintenant ce que nous ne remarquons même plus.
● Nous parlons à l'autre bout de la planète en nous voyant, presque gratuitement, sans y penser une seconde. Le rêve absolu de mon enfance est devenu un geste distrait qu'on fait en marchant.
● Nous rêvions de voitures volantes. Les drones sont devenus miniatures et se pilotent depuis un smartphone. Et un Français, Franky Zapata, a survolé les Champs-Élysées debout sur une planche le 14 juillet 2019, avant de traverser la Manche quelques semaines plus tard.
● Nous rêvions de la télévision en couleur. Nous avons des casques immersifs qui posent un monde en trois dimensions devant nos yeux.
● Nous mourions à cinquante ans d'une appendicite ou d'une infection banale. L'espérance de vie en France tournait autour de quarante-cinq ans en 1900. Elle dépasse aujourd'hui les quatre-vingt-trois ans, et nous comptons environ trente mille centenaires, dont certains font encore du vélo.
● Je m'arrêtais sur le bas-côté pour déplier une carte routière sur le volant, en me disputant sur le sens du nord. Aujourd'hui mon téléphone m'annonce l'embouteillage avant qu'il existe et m'emmène jusqu'à la place de parking.
● Il y avait l'épicerie du coin et ses quarante références. Aujourd'hui, où que nous soyons, quelqu'un nous apporte à domicile à peu près tout ce que nous cherchons. Notons au passage que cet exemple est le plus ambivalent de la liste, parce qu'il est aussi le symbole du modèle qu'il va falloir revoir. Nous y reviendrons.
Et pendant ce temps, dans plusieurs pays du monde, on achète encore son désinfectant ou ses antibiotiques au marché noir. Nous, nous accédons aux soins sans avancer une fortune. Non pas parce qu'ils sont gratuits, ils ne le sont pas, mais parce que nous avons collectivement décidé de les mutualiser. Cela s'appelle un choix. Pas une loi de la nature.
Le vertige, c'est l'échelle de temps
Voilà le chiffre qui devrait nous tenir éveillés. Homo sapiens existe depuis environ trois cent mille ans. L'écriture a cinq mille ans. Tout ce que je viens de décrire tient dans soixante ans.
Ramenez trois cent mille ans à une seule journée de vingt-quatre heures. Soixante ans, c'est dix-sept secondes.
Dix-sept secondes pour passer du lavoir à la visioconférence mondiale. Ce n'est pas une évolution. C'est une bascule.
Et cette bascule, personne ne l'avait planifiée dans un comité de pilotage. Elle a été rêvée par des gens que l'on prenait pour des doux dingues, puis financée, puis industrialisée, puis banalisée au point de devenir invisible.
Deux pièges, et je ne tomberai dans aucun des deux
Premier piège : « c'était mieux avant ». Ce n'est pas vrai. Enfin, pas entièrement. Oui, il y avait moins de monde, moins de CO2, moins de pesticides, plus d'oiseaux dans les haies et plus d'insectes sur les pare-brise. Cela, c'est incontestable, et c'est grave. Mais on mourait jeune, on travaillait dur, on se lavait à l'eau froide et on enterrait ses enfants. Le passé n'est pas un refuge. Il est une comparaison utile.
Second piège, et celui-là est plus dangereux : « le progrès nous sauvera ». Non. Ce serait indécent d'écrire cela cette semaine. Le même élan qui a produit le téléphone dans notre poche a produit le réchauffement qui fait brûler les forêts et grimper les urgences hospitalières. Aucune innovation ne nous dispensera de choisir. Et soyons honnêtes jusqu'au bout : tout n'a pas progressé partout. Les déserts médicaux existent, le renoncement aux soins existe, les délais d'attente existent, et une partie de la population décroche.
Ce que ces soixante ans prouvent n'est donc pas que le progrès est bon. C'est infiniment plus intéressant.
Ils prouvent que nous sommes capables de transformer le réel à une vitesse folle quand nous le décidons collectivement.
Cette capacité est neutre. Elle a servi à mettre un GPS dans votre poche. Elle peut servir à refroidir une ville, à isoler un million de logements, à remettre la santé au centre d'une décision économique. C'est le même muscle. C'est juste une question d'usage.
Alors rêvons cet été, mais rêvons précis
Je ne vous propose pas un monde de bisounours. Je vous propose un monde plus cohérent, où la santé humaine et la santé des écosystèmes cessent d'être une annexe du rapport annuel pour devenir le point de départ des processus.
Concrètement, dans nos métiers, cela ressemble à quoi ?
● Le bailleur qui investit dans l'isolation plutôt que de distribuer des climatiseurs, parce que le premier soigne la cause et le second déplace le problème.
● Le dirigeant qui regarde la qualité de l'air intérieur de ses bureaux comme il regarde son compte de résultat, parce que ses équipes y passent quatre-vingt-dix pour cent de leur temps.
● Le soignant qui obtient enfin du temps pour parler prévention, avant la crise plutôt qu'après.
● L'élu qui plante, débitume, ombre les cours d'école et les arrêts de bus.
● Le parent qui montre à ses enfants qu'un adulte peut changer d'avis et de comportement sans en faire un drame.
● L'enseignant qui explique les eco geste du quotidien pour réduire nos impacts
● L'acteur, l'artiste, qui donne l'exemple pour faire de l'art et de la culture un levier majeur de la société
● Et moi ? et nous ? Comment rêver ??
Atténuation et adaptation. Climatique, démographique, technologique. Les deux jambes, pas une seule. La charte des Ambassadeurs 2030 met sur la voie, et c'est une porte d'entrée simple pour celles et ceux qui ne savent pas par où commencer.
Rêver n'est pas fuir. Rêver, c'est écrire le cahier des charges. Personne n'a jamais construit quelque chose qu'il n'avait pas d'abord imaginé, et l'histoire des soixante dernières années est une démonstration ininterrompue de ce mécanisme.
Et donc
Nos grands-mères allaient au lavoir. Nous parlons à la planète entière en nous voyant. Cela s'est joué en dix-sept secondes à l'échelle de l'humanité.
Nos petits-enfants ne nous jugeront pas sur nos intentions. Ils nous jugeront sur ce que nous avons fait de la micro-seconde qui nous a été confiée.
TOUT EST POSSIBLE. Alors allons-y.
RSE4LIFE



Merci de nous rappeler que nous avons en nous les moyens de changer les évènements par la volonté commune. Comme nous avons su évoluer a grande vitesse, nous saurons agir et transformer notre monde par la volonté et l'action de tous.