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Chimiothérapie éco-responsable : quand soigner les malades ne doit pas rendre malades les soignants

  • oliviertoma
  • 17 juin
  • 4 min de lecture

Association Agir pour la santé des générations futures Article de sensibilisation - Juin 2026


Chaque jour, en France, des infirmiers, des aides-soignants, des pharmaciens, des manipulateurs radio préparent et administrent des médicaments cytotoxiques. Ces professionnels sauvent des vies. Mais qui protège les leurs ?

C'est la question que nous posons publiquement aujourd'hui, en annonçant la saisine formelle du Ministre du Travail sur l'exposition chronique des professionnels de santé aux risques chimiques en milieu de soins.


Un paradoxe inacceptable

Les médicaments cytotoxiques - ces molécules utilisées en chimiothérapie pour détruire les cellules cancéreuses - sont, par définition, des agents agressifs pour l'organisme. On le sait. On le dit aux patients et à leurs proches. Primum Non Nocere, réseau pionnier en santé environnementale, a même conçu un "passeport" pour accompagner les patients sous chimiothérapie et leur entourage : comment manipuler les médicaments per os, comment protéger le linge, comment gérer les excrétas, comment préserver les personnes sensibles. Un document pédagogique, pratique, distribué dans les établissements de santé depuis plusieurs années.

Mais voici le paradoxe : si l'on prend autant de précautions pour informer un patient et sa famille à domicile, pourquoi les professionnels qui manipulent ces mêmes molécules à longueur de journée, à longueur d'années, sont-ils encore aussi insuffisamment protégés dans les établissements de soins ?


Ce que disent les études et ce que l'on continue d'ignorer

Les données scientifiques ne manquent pas. Les médicaments cytotoxiques sont éliminés dans les excrétas, les fluides corporels, les aérosols générés lors de la préparation des perfusions. Les infirmiers et aides-soignants exposés aux antinéoplasiques présentent des risques documentés de cancers hématologiques, de troubles de la reproduction et d'atteintes neurologiques. Le formaldéhyde, présent dans de nombreux laboratoires d'anatomopathologie et blocs opératoires, est classé cancérogène avéré de catégorie 1A par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2004.

Vingt ans après ce classement, sur le terrain, rien n'a fondamentalement changé.

L'argument que l'on entend encore et toujours ? "Les dispositifs de protection coûtent trop cher."

Cette réponse est non seulement inacceptable - elle est fausse. Car le vrai coût, celui que personne ne calcule vraiment, c'est celui des arrêts longue durée, des invalidités, des procédures médico-légales, des départs prématurés de soignants compétents et formés. Sans parler du coût humain, qui lui n'a pas de prix.


Le passeport de Primum Non Nocere : un outil qui existe déjà

Depuis plusieurs années, Primum Non Nocere - réseau de plus de 1 200 établissements de santé engagés dans la démarche THQSE (Très Haute Qualité Sanitaire, Sociale et Environnementale) - diffuse un livret pratique intitulé "Acteurs pour une chimiothérapie éco-responsable".

Ce document, remis aux patients et à leur entourage, détaille les précautions essentielles :

  • manipulation des médicaments cytotoxiques per os avec gants, sans écraser ni croquer les comprimés

  • protocole rigoureux de lavage des mains avant et après tout contact

  • séparation stricte du linge, lavage à haute température

  • gestion des excrétas avec équipements de protection adaptés

  • information sur les personnes sensibles à protéger (femmes enceintes, nourrissons, enfants)

  • filières de collecte dédiées pour les déchets issus des traitements

Ce qui est valable pour un aidant à domicile l'est a fortiori pour un professionnel de santé qui répète ces gestes des dizaines de fois par semaine. La différence, c'est que le professionnel, lui, ne reçoit pas toujours le même niveau d'information, de formation et d'équipement. Et qu'il n'a pas le choix de l'exposition.


Notre saisine : mettre fin à l'inaction institutionnelle

C'est pourquoi l'association Agir pour la santé des générations futures a adressé une saisine formelle au Ministre du Travail, avec copie au Ministre de la Santé.


Nous lui demandons quatre actions concrètes :

1. Une évaluation actualisée et consolidée des niveaux d'exposition réels des professionnels de santé au formaldéhyde et aux médicaments cytotoxiques, en incluant enfin les secteurs médico-social et libéral, trop longtemps ignorés des études disponibles.

2. Des recommandations claires, hiérarchisées et opposables sur les mesures de protection collective et individuelle adaptées à chaque contexte d'exercice - du bloc opératoire à l'EHPAD, du service d'oncologie au cabinet infirmier libéral.

3. Une évaluation du rapport coût-bénéfice des dispositifs de protection existants, pour lever une bonne fois pour toutes l'objection économique systématiquement avancée par les établissements comme frein à l'action.

4. Une coordination interministérielle entre la Direction générale du travail, la Direction générale de la santé et Santé publique France, pour que les recommandations débouchent sur des obligations réglementaires et des outils accessibles à tous les établissements, quelle que soit leur taille.


Une urgence démographique autant que sanitaire

Il y a une dimension souvent oubliée dans ce débat : la France va devoir recruter plus de 400 000 nouveaux professionnels de santé d'ici 2040, pour répondre au doublement attendu de la population des plus de 85 ans d'ici 2030, et à son quintuplement en 2050.

Nous avons déjà du mal à recruter et à fidéliser nos soignants. Continuer à les exposer délibérément à des risques chimiques évitables - en disposant pourtant des process, des formations et des dispositifs médicaux pour les réduire significativement - est une faute stratégique nationale.

La chimiothérapie éco-responsable, ce n'est pas un concept militant. C'est une réalité opérationnelle, documentée, outillée. Elle protège les patients, les soignants et l'environnement. Il reste à lui donner la force réglementaire qu'elle mérite.


Vous pouvez agir dès maintenant

Cette saisine n'aura de force que si elle n'est pas isolée. Voici ce que vous pouvez faire aujourd'hui :

Si vous êtes professionnel de santé : parlez-en à votre direction, à votre CHSCT ou CSE, à votre syndicat. Demandez un état des lieux de vos équipements de protection et de vos protocoles de manipulation des cytotoxiques.

Si vous êtes directeur d'établissement : engagez-vous dans la démarche THQSE. Les outils existent. L'accompagnement existe. Ce qui manque, c'est la décision.

Si vous êtes élu, syndicaliste, journaliste ou simplement citoyen : partagez cet article. Interpellez vos représentants. La protection des soignants n'est pas une question technique réservée aux experts - c'est une question de société.


Diffusez, relayez, exigez. Les soignants nous protègent. Il est temps que nous les protégions.

L'association Agir pour la santé des générations futures agit pour la réduction des expositions chimiques, biologiques et environnementales dans les milieux de vie et de travail.

 
 
 

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