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Fonds Vert : et si la transition écologique devenait enfin une opportunité industrielle pour la santé ?

  • oliviertoma
  • 16 juin
  • 4 min de lecture

Pendant des années, la transition écologique a été perçue comme une contrainte supplémentaire. Une ligne de plus dans les rapports annuels. Une exigence réglementaire à satisfaire. Un coût à absorber. Une complexité à gérer.

Pourtant, un changement profond est en train de s'opérer. L'État français met aujourd'hui à disposition des industriels des moyens financiers considérables pour transformer leurs outils de production, renforcer leur compétitivité et accélérer leur transition écologique. Parmi eux, un dispositif demeure largement méconnu, y compris dans le secteur de la santé : le Fonds Vert « Territoires d'industrie en transition écologique ».


Cette méconnaissance est d'autant plus surprenante que l'industrie de la santé se trouve aujourd'hui au croisement de trois enjeux majeurs : la souveraineté sanitaire, l'exigence environnementale et la maîtrise des dépenses de santé.

La crise sanitaire a brutalement rappelé notre dépendance à des chaînes d'approvisionnement mondialisées. Pénuries de médicaments, tensions sur les dispositifs médicaux, difficultés logistiques : notre système de santé a découvert sa vulnérabilité.


Dans le même temps, les attentes des établissements de santé évoluent rapidement. Ils souhaitent désormais des produits plus sobres, moins émetteurs de gaz à effet de serre, générant moins de déchets, moins toxiques pour les patients et les professionnels, plus facilement recyclables ou réemployables. L'éco-conception des soins et des parcours de santé n'est plus une idée marginale. Elle devient progressivement un critère de différenciation et demain, probablement, une condition d'accès à certains marchés.


Le Fonds Vert peut précisément contribuer à cette mutation.

Opéré par l'ADEME pour le compte de l'État, ce dispositif vise à soutenir des projets d'investissements industriels structurants et ambitieux sur le plan environnemental. Son objectif est clair : accompagner l'émergence, le renforcement ou la réindustrialisation de chaînes de valeur stratégiques pour la transition écologique.


Concrètement, il peut financer des investissements liés à la décarbonation des procédés industriels, à la réduction des consommations d'énergie, à la diminution des consommations d'eau, à l'économie circulaire, à l'écoconception, à la valorisation des déchets ou encore à la modernisation d'équipements permettant de réduire les impacts environnementaux.


Pour les industriels du secteur de la santé, les exemples d'application sont nombreux.

Il peut s'agir d'investir dans des lignes de production moins énergivores, de développer des emballages réduisant la quantité de plastique utilisée, de concevoir des dispositifs médicaux intégrant davantage de matériaux recyclés, de mettre en place des boucles de récupération de certains produits, d'optimiser les procédés de stérilisation, de diminuer les consommations d'eau ou encore de développer des solutions favorisant le réemploi lorsque cela est compatible avec les exigences sanitaires.


Autrement dit, il ne s'agit pas uniquement de « verdir » l'industrie. Il s'agit de préparer l'industrie française de la santé aux attentes du marché de demain.


Car les acheteurs évoluent eux aussi.

Les établissements de santé sont de plus en plus nombreux à intégrer des critères environnementaux dans leurs appels d'offres. Les centrales d'achats développent leurs outils d'évaluation ESG. Les exigences liées aux droits humains, à la traçabilité ou aux impacts environnementaux progressent sous l'effet des réglementations européennes et des attentes sociétales.

La compétitivité ne se résume plus au prix.


Elle repose désormais sur une équation plus complexe associant performance économique, robustesse des approvisionnements, capacité d'innovation, sécurité sanitaire et maîtrise des impacts environnementaux.

Le Fonds Vert apparaît alors comme un formidable levier d'investissement.

Pour être éligibles, les projets doivent généralement présenter une assiette minimale de dépenses de 400 000 euros et être implantés dans l'un des 183 Territoires d'industrie labellisés sur la période 2023-2027. Les aides prennent la forme de subventions dont le montant varie selon l'ambition du projet et ses impacts attendus.

La démarche peut sembler complexe. Pourtant, la véritable difficulté réside souvent ailleurs : peu d'entreprises savent que ces financements existent.


Combien d'industriels de la santé reportent leurs investissements en considérant qu'ils n'ont pas les moyens d'agir ? Combien ignorent qu'une partie de leurs projets de modernisation pourrait bénéficier d'un soutien public significatif ?

C'est sans doute là que réside le principal enseignement.


La transition écologique n'est plus uniquement une obligation réglementaire ou une démarche de communication. Elle devient un investissement stratégique soutenu par la puissance publique.

Pour les industriels de la santé, elle constitue également un enjeu de souveraineté.

Produire davantage en France. Sécuriser nos approvisionnements. Réduire notre dépendance extérieure. Concevoir des produits plus sobres et plus sûrs. Répondre aux attentes des établissements et des professionnels de santé. Préserver les ressources naturelles sans renoncer à l'innovation.


La santé de demain ne pourra pas être construite avec les modèles industriels d'hier.

Le Fonds Vert nous rappelle qu'il existe parfois un paradoxe réjouissant : il est désormais possible de transformer son entreprise pour répondre aux défis environnementaux tout en renforçant sa compétitivité.

À condition d'oser franchir le pas.

Parce qu'au fond, la question n'est peut-être plus : « Avons-nous les moyens d'agir ? »

La véritable question est devenue : « Pouvons-nous encore nous permettre de ne pas agir ? »


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