Santé environnementale : la France a un plan… reste à lui donner un cap
- oliviertoma
- 4 mai
- 3 min de lecture

Il existe des signaux faibles qui, mis bout à bout, deviennent des évidences. Le rapport récemment publié sur la santé environnementale en France en fait partie. Il ne révolutionne pas le sujet. Il le confirme, le structure, et surtout, il nous rappelle une chose simple que nous avons parfois tendance à oublier : notre environnement n’est pas un décor, c’est notre première ordonnance.
Depuis plus de vingt ans, la France s’est dotée d’un outil rare à l’échelle internationale : le Plan National Santé Environnement. Peu de pays peuvent se targuer d’avoir inscrit, noir sur blanc, le lien entre qualité de l’air, de l’eau, des sols, et état de santé des populations dans une stratégie nationale.
J’ai eu la chance de contribuer au premier PNSE, aux cotés du Professeur GENTILINI. À l’époque, nous étions déjà convaincus que la santé de demain se jouerait autant dans les blocs opératoires que dans les choix industriels, agricoles, urbains ou économiques. Vingt ans plus tard, cette intuition est devenue une certitude scientifique.
Le rapport vient le confirmer avec clarté. Il propose d’abord de mieux structurer l’action publique, aujourd’hui encore trop fragmentée. Trop d’acteurs, trop de dispositifs, pas assez de lisibilité. Il appelle à une gouvernance renforcée, capable d’aligner l’État, les territoires et les opérateurs autour d’objectifs communs.
Il insiste ensuite sur la nécessité de produire et partager davantage de données. Sans mesure, pas de pilotage. Sans pilotage, pas de transformation. La santé environnementale doit sortir du registre de l’intuition pour entrer pleinement dans celui de la preuve, avec des indicateurs robustes, comparables, opposables.
Le rapport met également en avant un enjeu majeur : la formation. Former les professionnels de santé, bien sûr, mais aussi les décideurs publics, les acheteurs, les urbanistes, les dirigeants. Car la santé environnementale n’est pas une spécialité, c’est une grille de lecture transversale. Elle doit irriguer toutes les décisions.
Enfin, il rappelle une évidence encore trop peu intégrée : la prévention reste le parent pauvre de notre système. Nous continuons à financer massivement la réparation, quand il faudrait investir dans l’évitement.
Mais au fond, ce rapport dit autre chose:
Il nous dit que nous avons déjà les outils.
Ce qui manque aujourd’hui, ce ne sont pas les diagnostics. Ce sont les moyens, le pilotage et la vision.
Oui, c’est une chance d’avoir un PNSE. C’est même un atout stratégique pour la France. Mais un plan, aussi pertinent soit-il, ne transforme pas la réalité s’il reste sous-financé, s’il n’est pas incarné, et s’il n’est pas compris par ceux qui doivent le mettre en œuvre.
Il faut des moyens à la hauteur des enjeux. Non pas comme une dépense supplémentaire, mais comme un investissement sanitaire, économique et social. Chaque euro investi dans la prévention environnementale est un euro économisé demain dans le soin.
Il faut un(e) pilote, un équipe dédiée . Une équipe qui connaisse les réalités du terrain, qui comprenne les contraintes des établissements de santé, des collectivités, des entreprises. La santé environnementale ne se décrète pas depuis un bureau parisien, elle se construit au contact du réel.
Et surtout, il faut une vision.
Une vision à 10, 20, 30 ans. Une vision capable de dépasser les cycles politiques et les logiques court-termistes. La santé environnementale est un sujet de long terme. Elle engage les générations futures. Elle exige de penser autrement.
Car la réalité est là, implacable : nous ne pourrons pas améliorer durablement la santé des populations sans transformer notre environnement. Et nous ne pourrons pas transformer notre environnement sans engager profondément nos modèles économiques et organisationnels.
C’est pourquoi la santé ne peut plus être un sujet sectoriel.
Elle doit devenir un sujet central.
Un critère de décision pour les entreprises.Un indicateur de performance pour les organisations.Un fil conducteur pour les politiques publiques.
Et demain, elle devra être au cœur du débat démocratique.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, une question simple devrait s’imposer : quelle politique de santé voulons-nous pour un monde à +2°C, avec une population vieillissante et des expositions environnementales croissantes ?
La réponse ne pourra pas être uniquement médicale.
Elle devra être systémique.
Parce qu’au fond, la plus grande révolution à venir n’est pas technologique.
Elle est culturelle.
C’est celle qui consiste à comprendre que protéger l’environnement, c’est déjà soigner.




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